Mon métier c'est la transmission orale : je raconte des histoires. Non pas par écrit, mais dans le cadre du spectacle vivant !
Il y a quelques histoires qui me poursuivent, me donnent envie de me promener, se découvrent à chaque racontée sous de nouvelles couleurs...
"Le Réprouvé" est l'une d'elles.
Ce blog, c'est la mise au propre, évolutive, d'une cueillette multi-formes autour de ce récit.
Je suis arrivée à cette légende par les contes dits de "randonnées" ou "à formulaire"...
C'est ainsi que dans La Légende Dorée de Jacques de Voragine, je me suis retrouvée sur les traces d'un géant
"de plus en plus fort"qui aboie, passe les rivières, jusqu'au renversement (figuré) final ...
Recherches bibliographiques, iconographiques, balades près des chapelles, légendes, encens, fresques, vitraux, dévotions populaires, flore et habitants du cru, fleuves et torrents, anecdotes, tout "m'impressionne".
Le blog c'est bien commode pour partager... Servez vous des archives et de l'index pour trouver ce qui vous intéresse, car mine de rien, ça ne rentre pas tout sur une page et en plus, les articles ou messages sont classés du plus récent au plus ancien... 57 articles et plus de 8000 lecteurs en un an, je n'en reviens pas !
D'ailleurs, le Réprouvé, vous le connaissez, vous aussi, puisque son deuxième nom c'est... Christophe.
J'ai beau savoir qu'on butine beaucoup sur la toile, j'attends quand même vos réaction et peut-être même quelques contributions !

dimanche 6 septembre 2009

Chapelle et Pont Saint Christophe à Lorient

Il y a un descriptif très complet de cette chapelle sur le site de la ville de Lorient... et comme je passais par là, je suis allée voir...
Quand on arrive de Lanester, et qu'on va traverser le Scorff (une rivière affluente du Blavet où la marée remonte allègrement), on la voit la chapelle, dépassant d'un fourmillement d'arbre. De près je verrai qu'il y s'agit surtout un énorme frêne... Au pied il y a le pont St Christophe, quelques petites embarcations amarrées, une voie rapide, de croquignolettes maisons du début du 20ième siècle... La photo ci dessus est prise de Lorient en direction de Lanester.
J'avais lu, quelques jours auparavant dans le Guide du Morbihan publié chez Gallimard que "... le sanctuaire du 15ième siècle aurait jadis abrité une grande statue creuse du saint où l'on cachait des marchandises de contrebande"
Dans le Guide du Routard "Bretagne Sud" de 2002-2003, il est dit carrément que la chapelle est l'ancienne maison du passeur sur le Scorff. Le raccourci temporel me donne le vertige !
De quoi mettre l'eau à la bouche, tout de même... On s'enfile donc dans une impasse (pour les voitures) et là, première surprise :Le prénom du saint est traduit en langue locale, pas si loin des Cristoly d'Aquitaine ou du Gard, d'ailleurs.
Sur la placette tranquille la chapelle est imposante et... close. La voisine dit que la chapelle n'est ouverte que pour quelques rares spectacles. Dommage ! Je devrai me contenter des description sur le site de la ville : des vitraux du 20ième siècle racontant la vie du saint.Mais ce perchoir avec vue imprenable sur la rivière à qui était-il utile ? Passeur, douanier, contrebandier, prêtre ? Si des Lorientais en savait plus...

dimanche 2 août 2009

A Vendôme (41)

Dans l'église abbatiale de la Trinité à Vendôme, il y a la chapelle des saints du Vendômois , dans laquelle apparaissent, l'un à côté de l'autre (vitraux de gauche): St Michel, St Jacques (habillé en pèlerin) et St Christophe. Le motif iconographique qui les rassemble est frappant : tous trois portent "un long bâton" dirigé vers le sol... Les vitraux sont du 15ième siècle.
Vendôme est sur la route de Compostelle. Il y a, à deux pas de l'abbatiale une chapelle Saint Jacques construite sur l'emplacement d'un ancien Hotel Dieu qui accueillait les pèlerins malades. Vendôme est une ville parcourue par l'eau du Loir, un petit bijou de ville qui me fait penser à un livre d'images... La promenade en barque y est rafraichissante.

A vendre...

A Saint Denis (93) où sont enterrés les rois de France, je n'ai pas trouvé (mais peut-être y est-il ?) de représentation de Saint Christophe ailleurs que dans la vitrine de la marchande de souvenirs pieux. Il y était même en double exemplaire, en compagnie de ce que j'imagine être Sainte Anne et Saint Joseph (eux aussi accompagnés d'enfants) et du Jésus qui montre son sacré coeur (le patron des cardiologues ?)
Celui que porte Christophe porte, lui, le monde. Le prix semblait être de 20 euros.

mardi 30 juin 2009

Charon traverse le Styx, une peinture du 16ième siècle

Charon, fils des Ténèbres et de la Nuit, vieillard à l'aspect sale et repoussant, "le nocher des enfers" choisit les morts qu'il veut y emporter... Ceux qui ne sont pas choisis ou qui n'ont pas leur obole (une pièce placée sous la langue) sont condamnés à errer 100 ans sur les bords du Styx.
Ce qui me frappe sur ce tableau, c'est la ressemblance avec les Saint Christophe du même peintre : Joachim Patenier (16ième siècle) et notamment celui dont j'ai déjà parlé en juin 08. Certes, il a peint beaucoup de paysages avec fleuves mais...... on peut remarquer que Charon est aussi représenté comme un géant et que si Christophe traverse toujours avec l'enfant de droite à gauche, Charon traverse les morts en sens inverse... Et, en arrière plan, ces barques qui semblent contenir des cadavres dans le "St Christophe" n'attendent-elles pas que le passeur les emmènent ?
Quoiqu'il en soit on pourrait se demander aussi, si l'enfant, lui, ne vient pas de l'enfer. Et si ma divagation de ce soir vous parait fumeuse, considérez que ce n'est qu'une histoire de plus...

La barque de Saint Julien le pauvre de Georges Jeanclos


Georges Jeanclos (1933-1997) a créé ce qu'il appelait "des dormants" en argile. Tapez son nom dans un moteur de recherche et vous en verrez d'autres...

samedi 27 juin 2009

Les planches courbes, poème en prose de Yves Bonnefoy

Ce poème écrit en 1998 donne son nom au recueil éponyme paru en 2001 chez Gallimard. Ces quatre pages sont au programme des lycées, et ont donc été abondamment commentées.
Non, vous n'aurez pas l'intégrale du texte en ligne mais franchement on peut trouver le livre très facilement et pour pas cher...
Mais oui, voici ce qu'il me semble raconter :
Un géant est debout dans une barque au bord d'un fleuve la nuit. Un enfant apparaît porteur d'une pièce de cuivre, l'enfant veut traverser la rivière. Le géant lui demande son nom. L'enfant ne sait pas répondre. Il ne sait pas non plus ce qu'est un père ou une mère. Le géant vient le chercher sur la rive et le porte dans sa barque. Il pousse la barque au large. L'enfant demande au géant d'être son père. Le géant refuse et la barque commence à s'enfoncer dans l'eau, le géant toujours tenant l'enfant se met à nager "dans un espace sans fin", ce que j'interprète comme la mort ou en tout cas un autre monde...
En ce qui concerne le récit, le lien avec notre sujet (St Christophe) est clair même si certains enchaînements sont inversés : le passeur questionne l'enfant avant de l'embarquer, le passeur est un géant, le passeur porte l'enfant sur ses épaules, l'eau monte et met leur vie en jeu...
Mais après relecture de "La légende de Saint Julien l'hospitalier" de Flaubert, et de St Julien le pauvre de Jacques de Voragine, la parenté avec Julien devient évidente, elle aussi, notamment en ce qui concerne la barque et la boue. Si c'est une personne adulte que Julien aide, c'est aussi une personne qui a toutes les apparences de la faiblesse. Et le voyage se termine également par ce qui me semble une mort extatique.
La présence de Charon, le passeur des morts, est sous-jacente dans la pièce de cuivre que l'enfant a apporté pour payer son voyage.
Dans les autres poèmes du recueil, dont les sujets sont, à première vue, différents, les micros motifs que l'ont peut rattacher à ces deux légendes hagiographiques et au conte de Flaubert sont extrêmement nombreux : le fleuve, la boue, la barque, le creux de la barque, la courbe des planches, le rivage, la lampe qui guide, la pauvreté du passeur, la nuit, les corps qui se touchent, il y a même un lépreux...
Et aussi cette belle image dans "Le leurre des mots" :
A la poupe est le nautonier plus grand que le monde...
L'auteur d'un blog (Noël Pecout ?) m'a envoyé l'adresse d'un article sur ce poème . L'intitulé de l'article est assez joli : "Fleuves de boue, fleuve d'étoiles, barque et vieux haillons. Rêverie sur un sujet légendaire, souvent traité par la peinture et la sculpture, la légende de Saint Christophe..."
Un autre article peut aussi se lire en ligne mais si vous cherchez Yves Bonnefoy ou "Les planches courbes", sur un moteur de recherche vous trouverez peut-être même la vidéo où le poète parle de son travail (je n'ai pas réussi à la visualiser)
Yves Bonnefoy est un auteur bien vivant, que je remercie d'avoir remis au jour (inventé) ces trésors légendaires qui, décidément collent au corps et à la littérature.

vendredi 26 juin 2009

Deux contes Gascons où l'on porte Saint Pierre de l'autre côté de l'eau

Dans les Contes populaires de la Gascogne (Jean François Bladé), ou dans Les contes du Vieux Cazaux (même auteur, Féderop 1995) on peut trouver le motif du passeur dont le fardeau est trop lourd. Les contes de Bladé ont été publié en 1886. En ce qui concerne le motif qui nous intéresse pour sa proximité avec la légende de Saint Christophe, il s'agit d'un des épisodes du long conte, intitulé "L'épée de Saint Pierre" où le héros, fils de roi part à la recherche de l'épée de Saint Pierre pour tuer le roi païen qui a épousé sa mère. Sur sa route il croise un pivert, puis sept lézards à qui il rend service ...
... Enfin la nuit de Noël arriva. Il glaçait, et la lune brillait sur la campagne blanche de neige. Le fils du roi se disait : "le temps marqué par les sept lézards est venu. Marche, marche toujours, jusqu'à ce que tu saches où trouver l'épée de Saint Pierre." À minuit il s’arrêta tout proche d’une rivière. Au bord de l’eau grelottait un vieux pauvre à barbe grise. “Bonsoir, pauvre. Mauvais temps pour voyager. Tu grelottes. Tiens : bois un coup, à ma gourde, cela te réchauffera.”
Le vieux pauvre but un coup à la gourde, et ne grelotta plus. “Merci mon ami. Maintenant porte-moi de l’autre côté de l’eau. – Avec plaisir, pauvre. Monte sur mon dos et tiens-toi ferme. Jésus ! Tu ne pèses pas plus qu’une plume. – Patience, je pèserai davantage au milieu de l’eau. – C’est vrai. Jésus ! Tu m’écrases ! – Patience, sur l’autre bord je ne pèserai pas plus qu’une plume. – C’est vrai. Tiens, pauvre, te voilà passé. Bois encore un coup à ma gourde et que le bon Dieu te conduise !
– Jeune homme, je ne suis pas un pauvre, je suis saint Pierre. Jeune homme, tu m’as fait un grand service. Je te paierai selon mon pouvoir…”
La saison à laquelle se passe cet épisode me fait penser à la légende du Roi Hérode qui traverse l'Ain par une nuit glaciale de janvier, celle de l'Epiphanie.

Dans un autre conte recueilli également par Jean François Bladé en Gascogne, la belle Madeleine rencontre trois vieux pauvres au bord d’une rivière, elle les passe sur son dos. Puis les trois vieux pauvres se trouvent être saint Jean, saint Pierre et le bon Dieu. Ils promettent à la belle Madeleine de récompenser sa charité.

Saint Julien L'Hospitalier, un conte de Flaubert

Extraits de la fin du conte tel qu'il a été écrit, dit Flaubert, d'après le vitrail de la Cathédrale de Rouen mais s'il vous plait allez le lire intégralement par exemple sur le site rouen-histoire.com. On peut également faire des rapprochements avec la légende du Roi Hérode qui traverse l'Ain, publiée en 1854.
Le conte de Flaubert a, lui, été écrit en 1876 et publié en 1877. Et Yves Bonnefoy, pour "Les planches courbes" (1998) s'est sans doute (?) inspiré de Flaubert.

... Ainsi, portant le poids de son souvenir, il (Julien) parcourut beaucoup de pays ; et il arriva près d'un fleuve dont la traversée était dangereuse, à cause de sa violence et parce qu'il y avait sur les rives une grande étendue de vase. Personne depuis longtemps n'osait plus le passer.
Une vieille barque, enfouie à l'arrière, dressait sa proue dans les roseaux. Julien en l'examinant découvrit une paire d'avirons; et l'idée lui vint d'employer son existence au service des autres... il se fit une cahute avec de la terre glaise et des troncs d'arbres.
Le passage étant connu, les voyageurs se présentèrent. Ils l'appelaient de l'autre bord, en agitant des drapeaux...
Une petite table, un escabeau, un lit de feuilles mortes et trois coupes d'argile, voilà tout ce qu'était son mobilier...
Des mois s'écoulaient sans que Julien vît personne...
Une nuit qu'il dormait, il crut entendre quelqu'un l'appeler. Il tendit l'oreille et ne distingua que le mugissement des flots.
Mais la même voix reprit :
« Julien ! »
Elle venait de l'autre bord, ce qui lui parut extraordinaire, vu la largeur du fleuve.
Une troisième fois on appela :
« Julien! »
Et cette voix haute avait l'intonation d'une cloche d'église.
Ayant allumé sa lanterne, il sortit de la cahute. Un ouragan furieux emplissait la nuit. Les ténèbres étaient profondes, et çà et là déchirées par la blancheur des vagues qui bondissaient.Après une minute d'hésitation, Julien dénoua l'amarre. L'eau, tout de suite, devint tranquille, la barque glissa dessus et toucha l'autre berge, où un homme attendait.
Il était enveloppé d'une toile en lambeaux, la figure pareille à un masque de plâtre et les deux yeux plus rouges que des charbons. En approchant de lui la lanterne, Julien s'aperçut qu'une lèpre hideuse le recouvrait; cependant, il avait dans son attitude comme une majesté de roi.
Dès qu'il entra dans la barque, elle enfonça prodigieusement, écrasée par son poids; une secousse la remonta; et julien se mit à ramer.A chaque coup d'aviron, le ressac des flots la soulevait par l'avant. L'eau, plus noire que de l'encre, courait avec furie des deux côtés du bordage. Elle creusait des abîmes, elle faisait des montagnes, et la chaloupe sautait dessus, puis redescendait dans des profondeurs où elle tournoyait, ballottée par le vent.
Julien penchait son corps, dépliait les bras, et, s'arc-boutant des pieds, se renversait avec une torsion de la taille, pour avoir plus de force. La grêle cinglait ses mains, la pluie coulait dans son dos, la violence de l'air l'étouffait, il s'arrêta. Alors le bateau fut emporté à la dérive. Mais, comprenant qu'il s'agissait d'une chose considérable, d'un ordre auquel il ne fallait pas désobéir, il reprit ses avirons; et le claquement des tolets coupait la clameur de la tempête.
La petite lanterne brûlait devant lui. Des oiseaux, en voletant, la cachaient par intervalles. Mais toujours il apercevait les prunelles
du Lépreux qui se tenait debout à l'arrière, immobile comme une colonne.
Et cela dura longtemps, très longtemps !
Quand ils furent arrivés dans la cahute, Julien ferma la porte; et il le vit siégeant sur l'escabeau. L'espèce de linceul qui le recouvrait était tombé jusqu'à ses hanches; et ses épaules, sa poitrine, ses bras maigres disparaissaient sous des plaques de pustules écailleuses. Des rides énormes labouraient son front. Tel qu'un squelette, il avait un trou à la place du nez; et ses lèvres bleuâtres dégageaient une haleine épaisse comme un brouillard, et nauséabonde.
- « J'ai faim! » dit-il.
Julien lui donna ce qu'il possédait, un vieux quartier de lard et les croûtes d'un pain noir.
Quand il les eut dévorés, la table, l'écuelle et le manche du couteau portaient les mêmes taches que l'on voyait sur son corps.
Ensuite, il dit : « J'ai soif! »
Julien alla chercher sa cruche; et, comme il la prenait, il en sortit un arôme qui dilata son cœur et ses narines. C'était du vin; quelle trouvaille! mais le Lépreux avança le bras, et d'un trait vida toute la cruche.
Puis il dit : « J'ai froid! »
Julien, avec sa chandelle, enflamma un paquet de fougères, au milieu de la cabane.
Le Lépreux vint s'y chauffer; et, accroupi sur les talons, il tremblait de tous ses membres, s'affaiblissait; ses yeux ne brillaient plus, ses ulcères coulaient, et d'une voix presque éteinte, il murmura : « Ton lit! »
Julien l'aida doucement à s'y traîner, et même étendit sur lui, pour le couvrir, la toile de son bateau.
Le Lépreux gémissait. Les coins de sa bouche découvraient ses dents, un râle accéléré lui secouait la poitrine, et son ventre, à chacune de ses aspirations, se creusait jusqu'aux vertèbres. Puis il ferma les paupières.
- « C'est comme de la glace dans mes os! Viens près de moi ! »
Et Julien, écartant la toile, se coucha sur les feuilles mortes, près de lui, côte à côte.
Le Lépreux tourna la tête.
- « Déshabille-toi, pour que j'aie la chaleur de ton corps!»
Julien ôta ses vêtements ; puis, nu comme au jour de sa naissance, se replaça dans le lit; et il sentait contre sa cuisse la peau du Lépreux, plus froide qu'un serpent et rude comme une lime.
Il tâchait de l'encourager; et l'autre répondait, en haletant
« Ah! je vais mourir!... Rapproche-toi, réchauffe-moi! Pas avec les mains! non ! toute ta personne. »
Julien s'étala dessus complètement, bouche contre bouche, poitrine sur poitrine.
Alors le Lépreux l'étreignit ; et ses yeux tout à coup prirent une clarté d'étoiles ; ses cheveux s'allongèrent comme les rais du soleil; le souffle de ses narines avait la douceur des roses; un nuage d'encens s'éleva du foyer, les flots chantaient. Cependant une abondance de délices, une joie surhumaine descendait comme une inondation dans l'âme de Julien pâmé; et celui dont les bras le serraient toujours grandissait, grandissait, touchant de sa tête et de ses pieds les deux murs de la cabane. Le toit s'envola, le firmament se déployait; - et Julien monta vers les espaces bleus, face à face avec Notre-Seigneur Jésus, qui l'emportait dans le ciel.
Et voilà l'histoire de saint Julien l'Hospitalier, telle à peu près qu'on la trouve, sur un vitrail d'Église, dans mon pays.

Légende de St Julien le Pauvre, Jacques de Voragine

St Julien le Pauvre était aussi un passeur... C'est comme ça qu'il a sauvé son âme... Cet épisode de sa vie est très proche de la légende de Saint Christophe. La légende de Saint Julien dit "l'hospitalier" a inspiré un vitrail très connu de la Cathédrale de Rouen mais aussi Flaubert et sans doute aussi Yves Bonnefoy.... mais ce sera l'objet d'autres articles. On ne peut pas, non plus, ne pas faire le lien avec la légende de Cafi le Pontonnier"l

Voici donc la légende ,d'après Jacques de Voragine, 13ième siècle, du quatrième des cinq Saint Julien , connu sous le nom de Julien le Pauvre et fêté le 12 Février :
On trouve encore un autre Julien qui tua son père et sa mère sans le savoir. Un jour, ce jeune noble prenait le plaisir de la chasse et poursuivait un cerf qu'il avait fait lever, quand tout à coup le cerf se tourna vers lui miraculeusement et lui dit : " Tu me poursuis, toi qui tueras ton père et ta mère ? " Quand Julien eut entendu cela, il fut étrangement saisi, et dans la crainte que tel malheur prédit par le cerf lui arrivât, il s'en alla sans prévenir personne, et se retira dans un pays fort éloigné, où il se mit au service d'un prince; il se comporta si honorablement partout, à la guerre, comme à la cour, que le prince le fit son lieutenant et le maria à une châtelaine veuve, en lui donnant un château pour dot. Cependant, les parents de Julien, tourmentés de la perte de leur fils, se mirent à sa recherche en parcourant avec soin les lieux où ils avaient l'espoir de le trouver. Enfin ils arrivèrent au château dont Julien, était le seigneur : Pour lors saint julien se trouvait absent. Quand sa femme les vit et leur eut demandé qui ils étaient, et qu'ils eurent raconté tout ce qui était arrivé à leur fils, elle reconnut que c'était le père et la mère de son époux, parce qu'elle l'avait entendu souvent lui raconter son histoire. Elle les reçut donc avec bonté, et pour l'amour de son mari, elle leur donne son lit et prend pour elle une autre chambre. Le matin arrivé, la châtelaine alla à l'église; pendant ce temps, arriva Julien qui entra dans sa chambre à coucher comme pour éveiller sa femme; mais trouvant deux personnes endormies, il suppose que c'est sa femme avec un adultère, tire son épée sans faire de bruit et les tue l'un et l'autre ensemble. En sortant de chez soi, il voit son épouse revenir de l'église; plein de surprise, il lui demande qui sont ceux qui étaient couchés dans son lit : " Ce sont, répond-elle, votre père et votre mère qui vous ont cherché bien longtemps et que j'ai fait mettre en votre chambre. " En entendant cela, il resta à demi mort, se mit à verser des larmes très amères et à dire : " Ah! malheureux! Que ferais-je ? J'ai tué mes bien-aimés parents. La voici accomplie, cette parole du cerf; en voulant éviter le plus affreux des malheurs, je l'ai accompli. Adieu donc, ma chère sueur, je ne me reposerai désormais que je n'aie su que Dieu a accepté ma pénitence. " Elle répondit : " Il ne sera pas dit, très cher frère, que je te quitterai; mais si j'ai partagé tes plaisirs, je partagerai aussi ta douleur. " Alors, ils se retirèrent tous les deux sur les bords d'un grand fleuve, où plusieurs perdaient la vie, ils y établirent un grand hôpital où ils pourraient faire pénitence; sans cesse occupés à faire passer la rivière à ceux qui se présentaient, et à recevoir tous les pauvres. Longtemps après, vers minuit, pendant que julien se reposait de ses fatigues et qu'il y avait grande gelée, il entendit une voix qui se lamentait pitoyablement et priait julien d'une façon lugubre, de le vouloir passer. A peine l'eut-il entendu qu'il se leva de suite, et il ramena dans sa maison un homme qu'il avait trouvé mourant de froid; il alluma le feu et s'efforça de le réchauffer, comme il ne pouvait réussir, dans la crainte qu'il ne vînt à mourir, il le porta dans son petit lit et le couvrit soigneusement. Quelques instants après, celui qui paraissait si malade et comme couvert de lèpre se lève blanc comme neige vers le ciel, et dit à son hôte : " Julien, le Seigneur m'a envoyé pour vous avertir qu'il a accepté votre pénitence et que dans peu de temps tous deux vous reposerez dans le Seigneur. " Alors il disparut, et peu de temps après Julien mourut dans le Seigneur avec sa femme, plein de bonnes oeuvres et d'aumônes.
Traduction J.-B. M. Roze
GARNIER-FLAMARION, Paris, 1967.
Les estampes datent du 18 et 19ième siècle

Une traduction de la légende de St Christophe par frère Jehan du Vignay, 1554

Voici un extrait savoureux de la traduction de frère Jehan du Vignay, publiée en 1554.
« L’hermite dit à Christofle : “Sçais-tu tel fleuve ? ” Et Christofle lui dist : “Moult de gens y passent qui y périssent.” Et l’hermite lui dit : “Tu es de noble stature et fort vertueux ; se tu demouroys delez ce fleuve et y passoys tous les gens, ce seroit moult aggreable chose à Dieu. Et i’ay esperance à celluy que tu convoites servir qu’il s’apparoistra à toy ” Et Christofle lui dit : “Certes ce service puis-ie bien faire, et si te promets que ie le feray.”
Adonc s’en alla Christofle à ce fleuve et feit là un habitacle pour luy ; et portoit une grande perche en lieu de baston et s’apuyoit en l’eaue d’icelle, et portoit oultre toutes gens sans cesser et là fut plusieurs iours.
Et si comme il se dormoit en sa maisonnette, il ouït la voix d’un enfant qui l’appeloit et disoit : “Christofle, viens hors, et me porte oultre.”
Et lors s’esveilla, et il yssit hors, mais ne trouva âme. Et quand il fut en la maison, il ouyt arriere une mesme voix et courut hors et ne trouva nul. Tiercement il fut appelé et vint là ; si trouva un enfant delez la rive du fleuve qui luy pria doulcement qu’il le portast outre l’eaue. Et lors Christofle leva l’enfant sur ses espaules et print son baston et entra au fleuve pour le passer oultre ; et l’eaue s’enfla petit à petit, et l’enfant pesoit griefvement comme plomb. Et tant comme il alloit plus avant, de tant croissait plus l’eaue et l’enfant pesoit de plus en plus sur ses espaules, si que Christofle avoit moult grans angoisses, et se doubtoit fort de noyer. Et quant il fut eschappé à grand-peine et il fut passé oultre, il mit l’enfant sur la rive et lui dist : “Enfant, tu m’as mis en grant péril et pesois tant que j’eusse eu tout le monde sur moy, ie ne sentisse à peine greigneur faix.”
Et l’enfant respondit : “Christofle, ne te esmerveille pas : car tu n’as pas seulement eu tout le monde sur toy - mais celuy qui créa tout le monde tu as porté sur tes espaules. Je suis Christ ton roy à qui tu sers en ceste œuvre. Et affin que tu saches que ie dis vray, quand tu seras passé, fische ton baston en terre delez la maisonnette, et tu verra demain qu’il portera fleurs et fruictz.”
Et tantost il se esvanouit de ses yeulx.
Lors Christofle alla et fischa son baston en terre, et quand il se leva au matin, il le trouva ainsi comme un palmier, portant fueilles et fruictz. »

samedi 16 mai 2009

Leçon de politique au temps des Doges de Venise

Tiziano Vecellio (1490 - 1576), San Cristoforo (1523 - 1524), Affresco, Venezia, Palazzo Ducale, Sala dei Filosofi
Realizzata per ordine del doge Andrea Gritti appena eletto, e quindi probabilmente nel 1524, l’opera fu eseguita in sole tre giornate di lavoro, con un segno rapido ed inciso sull’intonaco ancora fresco, visibile in corrispondenza di tutta la costruzione della figura. La vigorosa muscolatura fa pensare a Michelangelo ed alla statuaria classica ai cui modelli Tiziano, in questi anni, era particolarmente sensibile. Del tutto originale è la scelta del pittore di far attraversare al suo santo non un fiume, secondo la tradizione, ma la laguna di Venezia, riconoscibile dalla presenza - sullo sfondo - del campanile, del Palazzo Ducale e delle cupole della Basilica, mentre a sinistra si scorgono i monti. Il cielo è solcato da nubi tempestose sulle quali si staglia il nobilissimo volto del santo vestito di pochi colori, rosso cupo, verde pastello, bianco latte, mentre porta sulle spalle un Gesù Bambino descritto con tenero realismo. Perché San Cristoforo proprio qui?È certo uno dei santi ausiliatori, che s’invocavano per particolari necessità; ma un’altra spiegazione è possibile: Cristoforo è un convertito che ha saputo mutar senso alla propria vita. La sua effigie sopra una porta - la soglia - potrebbe allora esprimere la volontà di superare lo stacco tra vita privata e funzioni pubbliche del Doge.
Pour ceux qui lisent mal l’italien : cette fresque a été réalisée pour un Doge de Venise au moment de son accession au pouvoir. Le saint est représenté traversant la lagune de Venise : on reconnait au loin le campanile du Palais Ducal et la coupole de la Basilique… Quand à la fin de la notice la voici traduite intégralement
« Il est certainement l'un des saints auxiliaires auxquels on fait appel en cas de besoin particulier, mais une autre explication est envisageable : Cristoforo est un converti qui a su changer le sens de sa propre vie. Son effigie au dessus de la porte - le seuil - pourrait alors exprimer le désir de d'aller au-delà / d'enjamber la séparation entre la vie privée et les fonctions publiques du Doge. »

Merci à Isabelle pour l’image et la notice et à Sarah pour la traduction.

jeudi 7 mai 2009

Clin d'oeil à ceux qui ont... presque tout lu !

La coquille qui signifie qu'on est sur le chemin de St Jacques de Compostelle, les traits blanc et rouge du chemin de Grande Randonnée (n°68), le chien tenu en laisse auquel il faut rajouter que l'église la plus proche (celle du Pin en Isère) est dédiée à Saint Christophe : ce panneau contient bien plus d'informations que ce qu'il n'en a l'air...

mercredi 29 avril 2009

Eglise St Christophe au Pin (38)

La commune est riveraine du Lac de Paladru. Le Pin est aussi situé sur le chemin de pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle (de Genève au Puy en Velay) par le sentier GR® 65. Il y avait sur ce territoire une Chartreuse, celle de la Sylve Bénite, détruite à la Révolution. Pas de grosse rivière en vue, seulement ce qui semble des ruisselets mais certains petits ruisseaux peuvent faire de gros dégâts. Sur le support du panneau, on peut voir le symbole de la coquille (cliquer pour agrandir) qui veut dire qu'on est bien sur le chemin de St Jacques Par ailleurs, les habitants du hameau d'Ars en bordure du Lac de Paladru ont eu à subir, à la fin du 12ième siècle, de capricieuses variations du niveau du lac, les amenant à déplacer une partie des habitations, et un incendie accidentel (ou criminel) détruisant le village et l'église Sainte Anne à un moment où la Chartreuse toute proche était en pleine expansion. Il en serait né une légende, celle de la Ville d'Ars, engloutie pour avoir refusé la charité à un mendiant. Ces informations, que j'ai résumées de façon peut-être maladroite, je les ai trouvées dans le livre "Les légendes de Paladru, parmi les récits de catastrophe du Dauphiné et de la Savoie", de Christian Abry, Alice Joisten, Michel Colardelle et Eric Verdel , livre si documenté qu'il paraît en être inépuisable, ainsi que dans la brochure "Les Mystères de la Silve Bénite" édité par la Maison de Pays des Trois Vals et du Lac de Paladru.
Quel rapport avec le Réprouvé ? Bien sûr il y a les dangers de l'eau, le chemin de Compostelle mais il serait intéressant de savoir aussi depuis quand l'église du Pin est dédiée à St Christophe, depuis le 18ième ? Avant ? Il me se semble que cet article n'est pas clos !
Le clocher de l'église qui est relativement éloignée du lac, est orné de deux cadrans solaires du 19ième qui ont été restaurés récemment. L'intérieur de l'église du 18ième siècle est très sobre, le choeur est orné de quelques vitraux représentant des saints, dont celui de St Christophe.Y avait-il St Jacques ? Il faut que j'y retourne...
Le culte de Saint Christophe semble... discret. Certains habitants ignorent que l'église lui est dédiée.

mardi 21 avril 2009

Images de St Christophe dans les Grisons, en Haut Adige, dans le Vorarlberg et le Piémont

Les images abîmées entre iconoclasme, pratiques religieuses et rituels «magiques» de Simona Boscani Leoni, c'est un article à lire en ligne, intégralement en ... cliquant sur son titre...
En lisant cette article j'ai pu lister un certains nombre de lieux où St Christophe est présent sur les peintures murales. De quoi me donner envie de voyager par là bas ! A trans-frontières, d'un bord à l'autre d'un grand bout des Alpes que je ne connais pas encore.
Notre saint était vénéré dans cette région, notamment tout au long des grandes voies de communication transalpines. Il est invoqué contre la mort subite et comme protecteur par rapport à la peste. Même si la liste ci dessous n'est pas exhaustive, ce qui est remarquable c'est la prédominance de cette figure dans les "images abîmées", prédominance qui peut s'expliquer de plusieurs façons : c'est le saint le plus fréquent, c'est celui qu'on préfère, c'est celui dont les images ont survécu, etc. etc.
Pour les lieux il y a donc :
Dans les Grisons (Canton Suisse), San Martino de Boudo (Val Bregaglia) et image ci dessous, Waltensburg/Vuorz, Santa Maria del Castello (Mesocco) et Soazza (Val Mesolcina)En Trentin Haut-Adige (Région Italienne) : Agund-Plars (Eglise St Ulrich), Tartsch et St Aegidius de Kortsch...
En Vorarlberg (Région Autrichienne) : St Vinerius de Nüziders
Dans le Piémont (Italie),près de Vercelli : Quarona (église San Giovanni al Monte)
Pour ce voyage, si j'ai tout compris, il me faudra parler italien, romanche, piémontais, allemand... et je dois en oublier.
Voici l'introduction et la conclusion de l'article qui vont me faire regarder autrement ces images dont l'usure ne provient pas que de l'âge ou d'un vandalisme "gratuit" :
"Les décors peints qui ornent les murs des sanctuaires sont des présences « vivantes » ayant une relation intense et complexe avec les rituels mis en scène dans l'église, ainsi qu'avec les fidèles qui sont les spectateurs interactifs de ces rituels. Les peintures murales deviennent ainsi un medium privilégié entre l'Ici-bas et l'Au-delà pouvant protéger les croyants et matérialiser le sacré. Toutes ces qualités expliquent l'intérêt des hommes envers elles, leurs attitudes d'adoration ou de négation vis-à-vis de la puissance sacrée de l'image...
Dans ces lignes, nous avons mis en évidence trois comportements ayant produit des images abîmées : l'attitude destructrice liée à la censure de la Réforme et de la Contre-réforme, la pratique des égratignures, et enfin la manipulation de l'image à travers le repeint. L'« amour » des fidèles pour l'image s'est exprimé selon des pratiques différentes. Ecrire son propre nom, la date de visite de l'église ou des prières sur les peintures murales était un phénomène répandu qui atteste le besoin de la part des croyants de s'approprier matériellement quelque chose de l'image et de sa force. Les repeints et l'intégration des peintures dans des ensembles plus récents montrent l'intérêt des commanditaires et plus généralement des communautés de fidèles à l'égard de leur paroisse, ainsi qu'une attitude de respect vis-à-vis des « images efficaces »... L'étude des peintures abîmées permet donc d'aborder le problème du rapport homme/image selon une perspective originale et de mettre ainsi en évidence l'importance et la complexité de l'impact des arts visuels dans les sociétés chrétiennes occidentales durant de longs siècles."

Mystères de St Christophe

Il y a un article très érudit à lire en ligne si vous voulez en savoir plus... C'est le texte d'un article de 1973, actuellement indisponible sur papier de G. A. Runnalls. La saisie et la mise en page ont été assurées à l'Université de Rennes par Christophe (!) Chériaux.
Voici une partie de l'introduction :
"Il existe aujourd'hui deux pièces de théâtre médiévales qui ont pour sujet la vie et le martyre de Saint Christophe. La version la plus connue est celle d'Antoine Chevalet, représentée en 1527 à Grenoble, et imprimée, également à Grenoble, en 1530 ( voir XXIV1 , II 599-605 XXII; III 1-26). Il s'agit d'un long mystère de presque 20000 vers, divisés en quatre journées. En voici le titre: «S'ensuyt la Vie de Sainct Christofle élégament composée en rime françoise, & par personnaiges, par Maistre Chevalet, jadis souverain Maistre en telle compositure, nouvellement imprimée.... Icy finist le Mystère du glorieux Sainct Christofle, composé par personnaiges, & imprimé à Grenoble le vingt-huict de Janvier, l'an comptant à la Nativité de Nostre-Seigneur, mil cinq cens trente, aux dépens de Maistre Anemond Amalberti, Citoyen de Grenoble.»
L'autre version de la vie de Saint Christophe, qui consiste en un traitement très différent du même thème, est plus courte, et moins bien connue; en effet, elle passa presque inaperçue jusqu'en 1880, lorsque Petit de Julleville (XXIV, II 491-3) en fit mention pour la première fois.... C'est cette deuxième version, anonyme, qui nous intéresse, et dont nous publions ici la première édition moderne... Voici l'Incipit et l'Explicit de Yf 1606: «S'ensuit le mistere du Tresglorieux martir Monsieur sainct christofle Par personnages Nouvellement (VI) imprime a Paris Et est a xxxiiij personnages Dont les nomps s'ensuivent cy apres.... Cy finist le mistere de sainct cristofle nouvellement imprime a Paris par la veufve feu Jehan trepperel Jehan Jehonnot Libraire & imprimeur Jure en l'universite de Paris demourant en la Rue neufve Nostre dame a L'enseigne de l'escu de France.» Ce document fut publié entre 1512 et 1517"
Pour vous donner l'eau à la bouche, suite à une enquête quasi policière, les auteurs en sont venus à penser que le mystère imprimé à Paris, mais sans doute composé, un peu plus tôt, au siècle précédent, l'a été par un imprimeur qui habitait la paroisse de St Christophe, dont l'église, maintenant détruite faisait face à Notre Dame.
Il y a dans cette article un historique des différentes versions de la légende qui en vient à la conclusion que la légende du Réprouvé, telle que je la raconte à la "suite" de Jacques de Voragine, et telle qu'elle apparaît dans les mystères est assez récente.
Pour ce qui est du mystère imprimé et joué à Grenoble, nous aurons sans doute l'occasion d'en reparler puisqu'il a aussi été traduit et joué dans l'Eglise de St Chef (38) en 2002. On peut juste faire remarquer que Grenoble, au confluent du Drac et de l'Isère (le serpent et le dragon, comme le disent les Grenoblois) était régulièrement dévastée par les inondations.

jeudi 9 avril 2009

Auris en Oisans (38), un oratoire dans un lieu remarquable

Auris est une commune de montagne où il n'y a pas de bourg mais neuf hameaux et autant de chapelles et aussi une station de ski. L'accès depuis la vallée a toujours été difficile... Les hameaux sont en bordure de falaises pour ne pas trop empiéter sur les terres cultivables. Sans y être jamais allée je connaissais la réputation du chemin surnommé "l'Echelle" qui monte dans la falaise depuis la Romanche (le torrent). Je savais aussi qu'au pied de ce chemin, la traversée de la Romanche se fait par un pont dit "romain", même s'il n'est peut-être que médiéval... Et voici que je découvre que la chapelle qui est au départ de "l'Echelle", au hameau de la Balme d'Auris est dédiée à Saint Christophe...
La promenade s'imposait ! Voici donc le haut de l'Echelle depuis le hameau de la Balme avec sur le promontoire l'oratoire. La première photo de cet article a été prise, elle, depuis l'oratoire... C'est vertigineux et pourtant c'est bien là que le chemin commence sa dégringolade fort appréciée par les vététistes... à ce qu'il paraît!Le saint est représenté sans l'enfant... Ce que je n'ai vu pour l'instant qu'à St Jacques St Christophe de Crimée. La peinture date de 2006. Le peintre, Pierre Ren, habite à la Balme et semble avoir choisi de représenter le prêcheur (?) avec l'alpha et l'omega ? J'aime les pierres et les bougies devant le tableau.Vous pouvez cliquez pour agrandir "le panneau pour les touristes" fort instructif et bien fait !Après ça je suis retournée sur l'autre versant : on distingue l'oratoire (gris sur la "pointe" de roche, le cube blanc, plus à droite, c'est le réservoir d'eau) à droite des chalets sur la falaise et l'Echelle qui descend en zig-zag sur sa gauche. 500 mètres de dénivelés, plein Sud, jusqu'à la Romanche. Un itinéraire peut-être impressionnant mais pas plus dangereux qu'un autre...

dimanche 11 janvier 2009

Chapelle St Christophe à Vaulnaveys le Haut (38)

Hélas détruite, c'est la plus ancienne chapelle du village. Voici ce qu'en dit un article du bulletin municipal n°61 (janvier 2009): L'article a été rédigé grâce aux documents de Monsieur Serpollet mis à disposition par sa fille. Si quelqu'un connait l'emplacement de cette chapelle, je fais le déplacement dans la semaine !
Par ailleurs, j'ai trouvé dans "Patrimoine en Isère, Pays de Vizille", publié par la Conservation du Patrimoine en Isère en 1994, non seulement mention de cette chapelle (sur leurs cartes, elle serait plutôt sur la commune de Vaulnaveys le Bas...)mais aussi quelques informations complémentaires.
Préalablement, à l'époque gallo-romaine, il y est signalé que la plupart des auteurs estiment que la grande voie Grenoble-Briançon, semble correspondre à celui de la Route Napoléon actuelle lorsqu'elle traverse Eybens (paroisse Saint Christophe), Herbeys, Brié-Angonnes. L'existence de voies secondaires sur le commune de Vaulnaveys paraît probable (de Vizille aux thermes gallo-romains d'Uriage, et de Vaulnaveys à Brié)
En ce qui concerne le Haut Moyen-Âge, Michel et René Colardelle y écrivent :
"Les couvercles de sarcophages de Vaulnaveys appartiennent incontestablement à l'époque mérovingienne pour l'un, carolingienne pour l'autre avec leurs décors chrétiens sculptés. Toponymes -"Cimetières des Romains", "les Croix"- et traditions locales signalent à coup sûr l'existence d'un lieu de culte chrétien précoce, chapelle (privée probablement, et alors liée à la résidence d'un propriétaire foncier) dans laquelle ainsi qu'à son entour étaient placées des sépultures privilégiées qui bénéficiaient ainsi des prières des fidèles, comme de l'intercession que ne manqueraient pas d'apporter les corps saints des personnages vénérés, prêtres ou fondateurs , qui s'y trouvaient déjà". Les auteurs notent aussi l'évolution des cultes funéraires de cette époque ( Saint Laurent à Grenoble)
Au 15ième siècle il y a encore deux "cures" à Vaulnaveys : St Christophe et Saint Jean Baptiste. Me permettrais de remarquer que, dans l'iconographie, si Christophe porte un enfant, Jean Baptiste porte souvent un agneau, qu'il baptise dans l'eau des rivières et, comme Christophe, termine sa vie décapité ?
D'autre part qui peut me dire où situer les toponymes "Cimetières des Romains", "les Croix" cités plus haut ?

dimanche 4 janvier 2009

St Jacques St Christophe à Houdan (78)

Ceci est un voyage virtuel auquel j'ai été initié par le sculpteur Rodin qui a croqué cette église...
C'est donc dans les Yvelines, une église où je n'ai pas trouvé trace du Réprouvé à part dans le nom (elle aurait été consacrée de façon secondaire à notre saint en 1510) et dans la fête toujours vivante : le 5 juillet 2008, il y a eu au moins un concert.
En ce qui concerne St Jacques, c'est bien sûr parce que c'est sur la route de Compostelle. Y-a-t-il un pont ou un gué à Houdan ?
Une particularité de l'église est son inscription au fronton "Le peuple français reconoît l'existence de l'Être Suprême et de l'Immortalité de l'Âme". Cela date de 1790, du temps où l'église était devenue "Temple de la Raison et de l'Être Suprême". Mais je m'égare... Si un de mes nombreux lecteurs connait Houdan je serai friande de toute information complémentaire.

mercredi 10 décembre 2008

Saint Christophe en Seine et Marne (77)

Une amie m'a prêté un document rare, "Recherches sur les cultes populaires dans l'ancien diocèse de Meaux", de Roger Lecotté.. Mémoires de la Fédération Folklorique d'Île de France n°IV, 1953, Paris.

Lecteurs de Seine et Marne, si vous en savez plus, n'hésitez pas à commenter ou aller voir : je ne connais pas la région ! Les bénédictions existent-elles toujours ? Les traces du saint correspondent-elles à des points de traversées de fleuves ? Y-a-t-il des oublis ou des actualisations à apporter à cette liste ?
En effet, Roger Lecotté rassemble de façon apparemment systématique et exhaustive, toutes les paroisses, chapelles, sources, légendes, croyances, rites, cérémonies du diocèse (qui correspond au département de la Seine et Marne)
Le saint le plus fréquent n'est pas celui qui nous intéresse. Le patron de la Brie est St Fiacre mais en Brie il y a en a bien d'autres et notamment une Sainte Osmanne.
Néanmoins on y trouve concernant St Christophe
- 7 paroisses dont il est le saint patron : Villemareuil (avec St Jacques),Cocherel (avec St Jacques), Leudon en Brie (avec St Denis), La Trétoire, Aubepierre (avec St Hilaire), Chalautre-La -Reposte (avec St Jacques et St Pancrace), Guermantes (avec St Jacques)
- 4 fêtes corporatives récentes (en 1953 !) : Villemareuil le 25 juillet avec bénédiction des automobiles mais aussi des voitures d'enfants, des trottinettes, La Trétoire le 25 juillet ou dimanche suivant jusqu'en 1938, Bois le Roi, fête créée vers 1934 et toujours actuelle (en 1953 !) avec une messe chantée suivie d'une bénédiction des autos, motos, vélos, voitures, camions poids lourds, trottinettes et autos jouets et un sermon sur "la bonne conduite", Montigny sur Loing le 25 juillet ou le dimanche précédent avec bénédiction des voitures
- 3 mentions de chapelles dédiées à St Christophe : à Villevaudé (hameau de Montjay, à proximité d'un prieuré disparu de moines augustins), Chalautre la Reposte (disparue), Moussy le Neuf (dédiée également à St Jacques, hameau d'Orcheux, disparue)
- une fontaine-lavoir à Villemareuil
- le souvenir à Provins, dans l'église St Quiriace d'une "image colossale peinte sur un mur". En 1953, elle est effacée. "Cette image était l'objet d'une sorte de culte où l'on venait en procession chanter à ses pieds une prose latine dont les vers bizarres, représentaient le saint mouillant à peine ses pieds dans le fleuve à travers lequel il portait le Christ"
Dans l'article précédent Villemareuil est déjà cité en relation avec Gargantua... Y-a-t-il un rapport géographique avec la Marne (la rivière) ?
Il se confirme que St Christophe est souvent associé à St Jacques le Majeur et qu'il semble y a voir eu un renouveau du culte de St Christophe vers 1930 avec l'arrivée de l'automobile, peut-être... Cette dernière question se pose aussi pour St Christophe de Javel, à Paris.

mercredi 12 novembre 2008

Gargantua et Saint Christophe : une source

Un de mes plus précieux correspondants est M. Paul Bailly, instituteur à Nanteuil-lès-Meaux et folkloriste des plus actifs. M. Bailly m'a dit comment, selon la légende, se sont formées les hauteurs de Nanteuil : "Gargantua, venant de Champagne, puisa au méandre de la Marne, à la Plâtrière. Il tomba. Sa hotte, en se vidant, forma la hauteur Nanteuil-Saint-Fiacre-Villemareuil. En ce dernier lieu, la source devant l'église est consacrée à Saint Christophe. A Nanteuil même, la "pierre de science" (probablement menhir) a été enlevée en 1833." Dans la carte des Gaules, Meaux qui est à proximité des hauteurs indiquées, ancien chef-lieu des Meldii, était à un carrefour de routes important.

C'est un extrait de l'article d'Henri Donteville paru dans la revue L'Education Nationale N°13, le 13 juin 1949 à consulter intégralement en ligne. Il est consacré à Gargantua.

mercredi 5 novembre 2008

Un géant chez les belges

A Ath en Belgique, on peut fêter son anniversaire à la Maison des Géants, le musée des géants processionnaires qu'on ne sort qu'une fois par an pour la ducasse. La ducasse d'Ath compte aux moins trois autres géants en sus de St Christophe de Flobecq (monté sur échasses) : Goliath, la femme de Goliath et Tirant... En 2009, la ducasse aura lieu le week-end du 21 au 24 août.
A Waremme (Province de Liège), la Gilde Saint Christophe (confrérie gastronomique) propose, le 1er dimanche après Pâques, après la bénédiction des voitures une dégustation de bière St Christophe (8°) et de pâté aromatisé à la bière... J'allais oublier : il y a aussi un Saint Christophe de 2m50 (dont le costume a inspiré celui des membres de la Gilde) dans l'église paroissiale du quartier du Racour !

Un saint qui protège, guérit et transporte...

St Christophe est invoqué contre la mort subite, il suffit souvent de le regarder, ou de croiser son regard : "Regarde St Christophe et va-t-en rassuré".
St Christophe préside à la Bonne Mort: protection toute la journée pour qui a contemplé sa statue. En Anjou on lui coupait une parcelle de nez ou des oreilles. Je suppose qu'il était en bois ! Et peut-être est-ce pour cela qu'en Picardie, sa statue est placée très haut pour que, dit-on, personne ne se l'approprie ?
Saint Christophe veille sur les ponts, les gués, les entrées des églises, les dangers du voyage...
Il y a nombre de pèlerinages pour les automobilistes avec bénédictions, processions : St Christophe en Jajolet, St Christophe sur Guiers, à Erbajolo en Corse, Valencia en Espagne, il y en avait une à Javel à Paris avant que la circulation ne devienne trop difficile, dit-on ! En Picardie belge, aujourd’hui son culte a repris vigueur auprès des automobilistes qui placent sa médaille dans leur voiture et qui vont en pèlerinage par exemple à Celles, Tertre ou Wasmes-Briffoeil (deuxième dimanche de juin)
Saint Christophe serait efficace pour la conversion des "infidèles" et des juifs. J'avoue ne pas trouver cela très utile.
En ce qui concerne les enfants,les maladies et les phénomènes naturels, il y a de nombreuses croyances :
Il existe un pèlerinage pour les enfants épileptiques à Lay St Christophe (8 km de Nancy)
L'église de Chissey sur Loue : Bâtie fin XIIème siècle et au XIIIème siècle puis transformée aux XV et XVIIIème siècles a une particularité : sa corniche intérieure ornée de moulures, de feuillages et de têtes humaines au faciès pathologique appelées "Babouins". Ceux-ci représentent les malades mentaux que l'on amenait chaque année, lors du pèlerinage de Saint Christophe, patron des voyageurs et des traverseurs, afin qu'il les fasse revenir de leur monde au nôtre. Visite libre tous les jours de 9 H à 20 H en été et de 9 H à 18 H en hiver.
Il est invoqué contre la peste, la toux et l'asthme (fontaine miraculeuse à Constantinople au 9ième siècle), les épidémies, contre les tempêtes, le feu.
A St Christaud, dans le Gers, au nord de l'église St Christophe, dans le bas fond en bas du château se trouve la fontaine St Christophe, réputée soigner les croûtes laiteuses des enfants ,"las cristalhos".
Dans le Piémont,on vient le voir pour les enfants qui ne marchent pas ou dont la croissance est retardée.
En Picardie, il est invoqué contre les coliques, les douleurs de l’enfantement et les maux d’entrailles des enfants, toutes affections qui concernent « le passage », mais aussi la grêle, les orages, les maux de dents et la « male mort »

Cofradia de San Cristobal de Valencia

Pour vous donner envie d'aller sur le site (en français, anglais, espagnol , il suffit de cliquer sur le titre de l'article) de la Confrérie de San Cristobal à Valence où j'ai trouvé les quelques photos de cet article et découvert que là bas, ils fêtent deux fois le saint...
Les dates et le programme des fêtes de 2009 sont déjà fixés :
- jeudi 18 juin, le "jour des cannes", bénédictions de cannes...
- vendredi 10 juillet, messe, concentration de véhicules anciens, processions, sorties du saint, bénédictions des automobiles, pétards, etc.


mardi 28 octobre 2008

Eglise Saint Jacques Saint Christophe à Hurtières (38)


Hurtières, sur le balcon de Belledonne est une commune de 60 habitants. En face la Chartreuse, sauf par temps de brouillard !
L'église est dédiée à St Jacques et St Christophe. Pour le compagnonnage avec St Jacques voir les chapelles de Pâquiers et des Faures en Isère, ainsi que l'église de du quartier de la Villette à Paris.
Devant la mairie,un panneau touristique dit que l'église d'Hurtières était sur un des chemins de Compostelle ?
Pour visiter l'église il a suffit que j'appelle la mairie et fort aimablement ils me l'ont ouverte et éclairée... Merci !
Mais dans cette toute petite église entourée par le cimetière
et, où par ailleurs il y a tout ce qu'il faut (chaire du 17ième, autels en faux marbre, jolis bouquets de monnaies du pape,plafond en lambris peints inscrit aux Monuments historiques, tribune, chemin de croix, etc...) pas trace de Saint Christophe... Par contre d'autres saints portent un enfant : Saint Joseph et St Antoine de Padoue.
Le ruisseau qui coule en dessous s'appelle le ruisseau d'Hurtières. Les chemins invitent à la balade, quand il ne pleuvra plus...

dimanche 28 septembre 2008

Saint Jacques Saint Christophe et le pont de Crimée à Paris


C'est un soir de septembre doux et lumineux. Dehors, le Saint Christophe (du 19ième siècle, à droite de la porte : cliquez pour agrandir) ne ressemble pas à ce qu'on rencontre habituellement, peut-être parce qu'il manque des morceaux, à moins que le sculpteur, Dantan l'aîné, n'ait préféré représenter le converti qui prêche la bonne parole ? Sous la statue l'alpha et l'oméga.
L'église est de 1844. Des remaniements ont eu lieu en 1930. Elle en remplace une plus ancienne, dédiée aux mêmes saints, sur la route de Compostelle et sur l'ancienne voie romaine...
Le compagnonnage du Réprouvé avec Saint Jacques, que j'ai déjà rencontré dans l'Isère (chapelle de Paquiers en Trièves et des Faures en Valjouffrey), je l'expliquerais bien parce qu'ils sont les protecteurs des voyageurs, notamment par rapport à l'élément liquide.
L'église est ouverte et il y a quelqu'un à l'accueil...
Et le Réprouvé est bien là : vitrail, fresque, et une jolie statue en bois peinte:

Quand je sors de l'église, je découvre à deux pas une autre merveille : le pont-levant qui date de 1808 et traverse le canal de l'Ourcq. Il fonctionne toujours. Il y a même la guérite du passeur !
De l'autre côté du pont un homme, sur son vélo, prie en regardant l'église, un pompier passe au petit trot chargé d'un gros sac de pains, les collégiens se chahutent, le pont se soulève pour les péniches, les piétons et les vélos ont la priorité... Il y a même un bar chic qui a pris le nom du saint mais à l'anglaise...
Une balade que je vous recommande chaudement...


On peut aussi aller voir le très joli reportage dessiné de Adjim Danngar sur sa visite de l'église en octobre 2007.

samedi 27 septembre 2008

St Christophe de Javel, 23 septembre 2008

Une église de brique et de ciment juste en face de l'Imprimerie Nationale à Paris. Il y a des croques morts devant l'église, ça veut dire que c'est ouvert... J'entre : effectivement c'est un enterrement avec peu de monde dans une immense église pleine de couleurs et de musique : de l'orgue accompagne une magnifique voix de chanteuse ...
A l'entrée un Saint Christophe de marbre blanc m'accueille.L'église est tapissée des 2 côtés par des fresques immenses et légendées, comme une bande dessinée ou une fresque du Moyen-âge, qui racontent la vie de St Christophe. L'artiste signe Jacques Martin Ferrières et il a travaillé directement sur le béton avec de la cire. L'oeuvre est monumentale, pleine de détails...
Sur le côté droit, le texte dit ceci (chaque paragraphe correspond à une image) :
Fier de sa force, le géant Reprobus décide de la mettre au service de l'être le plus puissant du monde. Mais un jour, le Prince qu'il servait se troublant au seul nom de Satan prononcé par des musiciens, Reprobus rend ses armes et dit Satan sera mon maître.
Reprobus abandonne Satan vaincu par la Croix du Christ.
Un ermite révèle au bon géant la religion du Christ et l'envoie aider les voyageurs à passer un torrent.
Une nuit un petit enfant hèle le passeur. Le bon géant porte avec aisance son précieux fardeau quand soudain ses forces le trahissent sous le poids prodigieux de l'enfant et sous la poussée des eaux démesurément grossies.L'enfant Dieu dissipe par son sourire l'angoisse du bon géant : on t'appelait le Réprouvé, je te baptise Christophe car tu as porté le Christ qui supporte le poids du monde.
La suite de l'histoire sur tout le mur de gauche raconte Christophe, converti, prêcheur et martyr jusqu'à l'ascension de sa tête décapitée vers le ciel... Le genre d'histoire qui ne m'intéresse pas beaucoup.
L'église date de 1930. Elle a été construite dans un quartier déshérité, un quartier populaire en bord de Seine, célèbre pour ses sablières et ses usines chimiques. La volonté des religieux et de l'architecte était de construire avec des moyens modernes (c'est le tout début du béton armé) une cathédrale à moindre prix (parce que préfabriquée dans des ateliers chauffés l'hiver pour limiter le chômage des maçons et permettre aux moins qualifiés d'avoir du travail)mais qui donne envie d'entrer.
Au dessus du choeur une autre peinture de St Christophe entourée d'étoiles. Je lirai plus tard que les étoiles étaient "vendues" pour payer les travaux : tous les enfants voulaient avoir "leur" étoile près de St Christophe ! Autour du saint, il y a, parait-il, représentés toutes sortes de transports contemporains, même une ... skieuse. La lumière n'était pas assez bonne pour que je les vois...
La célébration est finie, je fais quelques photos, heureusement car le prêtre commence à éteindre les lumières. Il me dit qu'il est pressé mais il réussi à me vendre une petite brochure très intéressante sur l'église et sa construction !
En sortant je découvre l'inscription au dessus de la porte et le Saint Christophe de 8 m 50 qui surplombe l'entrée.

Faites un détour par cette église : il y a d'autres Christophe cachés dans tous les coins : vitraux, horaires des messes, fresques extérieures ou le saint accompagne des coureurs automobiles...
Juste à côté étaient les usines Citroën. Jusqu'en 1960, il y avait une bénédiction des voitures mais, bouchons aidant, il a été abandonné. En 2009, la Saint Christophe sera fêtée le 20 juin !
A deux ou trois cent mètres, sous le Pont Mirabeau, coule la Seine... Et voguent encore des péniches emplies de ciment. ... " Fluctuat nec mergitur", c'est la devise qui est inscrite sur les Ponts de Paris et notamment le Pont Mirabeau. Ce n'est pas que de la littérature. La corporation qui a "fondé" la ville était celle des bateliers.

mercredi 6 août 2008

Christophe, c'est le saint patron

• des enfants, dans le Piémont, ceux qui ne marchent pas ou dont la croissance est retardée
• des sociétés de tempérance
• des portefaix à Tolède, des scieurs de long, des charpentiers, des débardeurs, des arbalétriers et tous les métiers de force...
• des fruitiers (Paris 1412) à cause du bâton de marche...
• des mariniers (sur la Somme et à Orléans)
• des villes et villages périlleux par exemple St Malo
• des mourants ...
• des voyageurs, des pélerins
• de l'Arme du Train depuis Napoléon 1er
• des chevaux et des automobilistes en Picardie : aujourd’hui son culte a repris vigueur auprès des automobilistes qui placent sa médaille dans leur voiture et qui vont en pèlerinage par exemple à Celles, Tertre ou Wasmes-Briffoeil (deuxième dimanche de juin)

mardi 29 juillet 2008

St Christophe : fils de roi, bateau-pont, porte et clé...

Sur une page dont je vous recommande la lecture, Timothy Scott s'interroge sur les raisons qui ont poussé l'Eglise Catholique a quasiment faire disparaître St Christophe du calendrier...
On y trouve de plus des éléments intéressants sur la symbolique de cette légende :
- d'abord Offerus (autre nom du Réprouvé) serait fils d'un roi païen. Ayant du mal à avoir un enfant, sa mère aurait prié la Sainte Vierge en secret. Le Roi a offert, sans doute en remerciement, son fils aux dieux Machmet et Apollon...
- dans toutes les mythologies, il y a une barque de la mort qui permet en traversant les eaux une nouvelle naissance...
- dans la tradition hindoue il est dit "que le corps humain est comme un bateau dont la première et principale utilité est de nous faire traverser l'océan de la vie et de la mort pour atteindre la rive de l'immortalité"
- comme Atlas et Hercule, Christophe et le Christ se repassent le poids du monde. Ils sont tour à tour l'axe du monde, son soleil pilier.
- Christophe c'est le passeur (la porte) et le chien-gardien (la clé). Un géant à tête de chien...
Pour compléter voici une citation du livre de Rosa Giorgi, "Les saints", à propos du tableau de Patenier : "l'iconographie nordique de la Renaissance considère le passage comme une métaphore du voyage de l'âme pour atteindre la rédemption"

Dictons, proverbes, fêtes

"Regarde Saint Christophe et va-t-en rassuré" écrit en 1930 et bien visible en 2008, au dessus de l'entrée de l'Eglise Saint Christophe de Javel à Paris.

« Qui te mane vident nocturno tempore rident. »

En Picardie, on l’invoquait autrefois pour des affections concernant le passage (coliques, accouchement) comme contre les orages, la grêle, les maux de dents etc. Aujourd’hui son culte a repris vigueur auprès des automobilistes qui placent sa médaille dans leur voiture et qui vont en pèlerinage par exemple à CELLES, TERTRE ou WASMES-BRIFFOEIL (deuxième dimanche de juin) : "REGARDE SAINT CHRISTOPHE ET VA-T’EN RASSURE ... mais sois prudent quand même" ajoute-t-on malicieusement...

St Christophe devant Notre Dame

Une fois n'est pas coutume, un simple copié collé d'un presque miracle, en tout cas d'un voeu qui a abouti à l'érection d'un gigantesque St Christophe à Paris en 1413 :
Mais la manifestation la plus concrète du culte de Saint Christophe à Paris était incontestablement l'immense statue élevée en 1413 à l'entrée de l'Eglise Notre-Dame. Ce colosse, qui représentait saint Christophe portant l'enfant Jésus sur ses épaules, mesurait 28 pieds de hauteur, le pied avait une aune de longueur, le pouce un pied de roi; il était adossé au gros pilier de l'entrée de la nef à droite. Un peu plus loin était une colonne soutenant une grande pierre carrée sur laquelle était représenté un chevalier armé de toutes pièces avec cette inscription: "C'est la représentation de noble homme Messire Anthoine des Essarts, chevalier jadis sieur de Thieux et de Glatigny, au val de Valie, conseiller et chambellan du roi nostre sire Charle VIème de ce nom, lequel chevalier fit faire ce grand image en l'honneur et remembrance de Monsieur saint (XXIII) Christophe en l'an 1413. Priez Dieu pour son âme."
Anthoine et Pierre des Essarts furent mêlés aux troubles qui agitèrent Paris pendant la Guerre de Cent Ans. Pierre eut la tête tranchée aux Halles, le 1er juillet 1413, par ordre du duc de Bourgogne. Anthoine était en prison, attendant le même sort, lorsqu'il vit en rêve Saint Christophe qui venait le délivrer. Il fit voeu, si ce rêve se réalisait, d'élever au saint une statue énorme dans l'église Notre-Dame, et mis en liberté quelque temps après, il accomplit loyalement sa promesse. Cette statue fut détruite vers la fin du dix-huitième siècle à la suite d'un accident.

lundi 21 juillet 2008

Paroisse St Christophe à Rouac, commune de Marcieu (38)

En juin, quand je suis passée, l'église romane à raz de la route était fermée; à côté le cimetière est toujours en activité. Dans l'inventaire du patrimoine (voir bibliographie), il n'est pas fait mention d'objet en rapport avec St Christophe mais...si vous savez où est la clé, je visiterais avec plaisir...
Le plus beau rapport que j'ai vu avec notre saint, c'est le magnifique vieux chemin qui descend au lac du Monteynard, lac d'un barrage sur le Drac. De l'autre côté du Drac, il y a la chapelle de Pâquiers et c'est déjà le Trièves...

Pour les touristes, cette année il a été installé deux ponts de singe, qu'on appelle aussi passerelles himalayennes qui traversent le lac. Pour voir ce que ça donne, comme si vous y étiez allez voir sur le site personnel de Olivier Dodinot.
Il y a eu une époque où l'on traversait le lac suspendu à un câble... Ceci est une reproduction de carte postale intitulée : Saint Martin de la Cluze, Passage du Drac en face de Monteynard. Je ne connais pas la date. La reproduction de la carte m'a été donnée par un habitant de St Martin de la Cluze.

dimanche 20 juillet 2008

Paroisse St Christophe, Eybens (38)

En Isère plusieurs paroisses sont sous la protection de St Christophe. Parmi elles Eybens, agglomération limitrophe de Grenoble.
A Eybens, j'ai visité l'Eglise à la recherche de référence au saint : il n'y en n'a aucune sinon un titre sur le panneau d'affichage "Paroisse St Christophe". L'église est du 19ième siècle avec de beaux vitraux du 20ième siècle presque abstraits. Seul élément de paganisme relatif : un petit autel pour la Vierge Marie avec quelques bougies et un tronc (pour payer les bougies). L'église s'enorgueillit aussi d'un orgue monumental du 20ième siècle.
L'ancienne église contenait paraît-il une croix très vénérée par les Eybinois.
Il est à remarquer, que Eybens se trouve sur l'ancienne voie romaine, Grenoble-Briançon, qui suivait, pense-t-on à peu près le même tracé que la Route Napoléon actuelle. Le passeur a donc toute sa place ici d'autant que le ruisseau d'à côté, le Verderet, est un torrent qui fait parfois des siennes. A Tavernolles, un peu au dessus, de grands bassins de rétention ont été construits pour prévenir les crues. A Eybens, le Verderet n'est plus qu'à peine visible : il est enterré à partir de l'église, ce me semble, et ne revoit la lumière que dans l'Isère, 7 à 8 km plus loin. Mais il résiste dans la toponymie et lors de la constructions de nouveau bâtiments : la nouvelle bibliothèque de Teisseire à Grenoble... Est-ce le Verderet qui abreuve les racines des deux merveilleux platanes qui poussent à côté ? Les pêcheurs de truite disent que dans le Verderet souterrain, les truites seraient plus grosses...
Des férus d'histoire locale et ou d'hydrologie en sauraient-ils plus ?

lundi 7 juillet 2008

Le bébé qui s'alourdit

Une femme de Corps qui revenait de la Salette à la tombée de la nuit, trouve un petit bébé qui pleurait au bord du chemin. Alors, la bonne femme il le prend, il le met dans son tablier et en cours de route, il trouvait qu'en marchant le bébé il devenait bien lourd. Elle à ce moment, lui a dit :
- Tu es bien lourd !
Et puis le petit lui a répondu:
-C'est le diable que tu portes !
Elle l'a posé sur le bord du chemin et ça a disparu tout d'un coup, comme ça, vé!
Recueilli à Beaufin (38) en 1959. Bien sûr, ça vient de la collecte de Charles Joisten mais ça m'avait échappé ! Un comble. A comparer à la légende du samouraï... et aux autres légendes où le fardeau qui s'alourdit est un animal.
Pour ceux qui ne sont ni dauphinois, ni très catholiques, La Salette est un sanctuaire marial que l'on visite depuis la Pologne, au moins...

Eglise de Lavaldens (38)


En juillet 2008 : l'Eglise de Lavaldens est grande ouverte sauf pour les chiens et les poules. Elle est accueillante au piéton, si l'on sait trouver la double porte à gauche de la clôture pour les animaux, mais attention en sortant aux voitures ! Si l'on suit la route juste après l'Eglise à gauche il y a la scierie, puis le pont que l'on devine sur la photo...
Dedans, entouré des vitraux de St Côme et Damien, martyr, le vitrail central représente St Christophe, dans une position moderne en tout cas conforme à la façon de porter les enfants d'aujourd'hui.
L'église (comme les vitraux ?) date de 1881. Dans les généreux donateurs on trouve les Chartreux.
A côté, il y a une cure monumentale, le cimetière, un tilleul de l'an 2000 (et la souche d'un autre qui datait peut-être de Sully ?), un rucher d'artiste, une scierie de légende (avec dedans paraît-il une scie battante), tout ça à raz du ruisseau de l'Espalier, affluent de la Roizonne qui coule un tout petit peu plus bas.


Sur le sentier, il y avait un homme qui portait un chat sur son épaule, le chat s'est échappé, ouf !...

Chapelle St Jacques St Christophe à Valjouffrey (38)


5 juillet 2008 : La Chapelle St Jacques St Christophe au hameau des Faures à Valjouffrey est fermée. Encadrée de potagers, le bassin juste devant a une utilité toute trouvée. Les salades sont apétissantes, il y a aussi de la coriandre...
La cloche sonne l'heure, les voisins ne savent pas où est la clé et sur la porte, qui ouvre au Nord, il y a une date :

La chapelle est tout près du fleuve local, La Bonne, et tout contre son affluent, le Malentraz, qui passe presque à raz de la chapelle. Il y a une petite passerelle en bois récente pour atteindre les autres maisons du hameau. Au bord du torrent il y a des traces d'anciens moulins ou et de martinets, scieries ?
Les Faures : la toponymie est en rapport avec les forges.
St Jacques associé à St Christophe ? Je connais une autre chapelle qui est passée de Christophe à Jacques puis est repassée à Christophe c'est celle de Pâquiers à St Martin de la Cluze(38)
Merci à l'équipe qui a recensé le patrimoine en Isère et notamment en Valbonnais : rien n'indique de l'extérieur qu'il s'agit d'une chapelle St Christophe.

mardi 1 juillet 2008

Saint Christophe par les Bénédictins

la version de l'histoire de St Chrisrophe trouvée dans un livre de 1951, Vie des saints, écrit par les Bénédictins de Paris, ed. Lethouzey et Ané (merci Sophie) :
"Christophe était un géant qui voulait servir les grands de ce monde. Il servit un roi puis Satan et enfin le Christ, parce qu'il était encore plus puissant. Il se fit instruire par un ermite qui lui enseigna la bonté envers son prochain. Devenu passeur au bord d'un fleuve, il met sa prodigieuse force au service des voyageurs désirant traverser un fleuve très violent. Un jour il transporta un enfant sur son dos qui lui parut de plus en plus lourd. L'enfant qui n'est autre que le Christ, lui dit qu'il est lourd parce qu'il porte le poids du monde. L'enfant lui répondit qu'il était son créateur. Pour le lui prouver, il planta son bâton dans la terre et en jaillirent alors des feuilles et des fruits. Ce maître, si grand, découvre dans ce petit enfant, le Maître qu'il a toujours cherché. Enrôlé dans l'armée impériale il refusa d'abjurer sa foi et mourut dans d'atroces souffrances."
C'est une version qui ressemble à un résumé que je publie pour... vous engager à aller voir les autres versions plus détaillées: celle de Jacques de Voragine ou la mienne... archives du mois d'avril 2008. On n'y retrouve pas la structure narrative qui m'est chère.

dimanche 8 juin 2008

Joachim Patenier, 16ième siècle

Qui pourrait m'expliquer ce que sont ces corps humains qui flottent sur l'eau ? Des morts ? Dans le guide des arts écrit par Rosa Giorgi, "Les Saints", il est dit que ce sont des noyés qu'on représente pour dire le danger qu'il y a à voyager sans la protection de St Christophe . Est-ce la seule interprétation possible ? L'ermite c'est celui qui a conseillé le Réprouvé. Toutes précisions sur les autres symboles seront les bienvenus...
Dans le livre de Mme Giorgi, il est dit aussi à propos de ce tableau "l'iconographie nordique de la Renaissance considère le passage comme une métaphore du voyage de l'âme pour atteindre la rédemption"

samedi 7 juin 2008

Jérôme Bosch

Ce tableau est visible au Musée Dobrée à Nantes : Et celui ci à Rotterdam :

vendredi 6 juin 2008

Saint Christophe en Oisans

Août 2004
Je viens raconter à la Cordée. Il pleut. L'église est ouverte. A l'entrée, il y a un amoncellement de bagages et d'adolescents. j'entre. il fait sombre. St Christophe est là. Je reconnais sa statue ou plutot sa silhouette sur l'autel principal. J'essaie au flash mais rien à faire, il fait trop noir...
Juillet 2005
Il ne pleut pas. Je vais le saluer. La lumière est bonne mais je n'ai pas mon appareil photo. Pour compenser je descends au Pont du Diable. Ce n'est pas le Vénéon que traverse ce pont mais un de ses affluents, le torrent du Diable , une sorte de cascade qui hurle juste avant le village.
Avril 2008
A distance, d'autant que la route de St Christophe est coupée la journée pour travaux après de gros éboulements, je me plonge dans "Êtres fantastiques, patrimoine narratif de l'Isère" de Charles Joisten, où je trouve, entre autres, 2 versions de la légende du Pont du Diable (photo à l'appui), dont je recopie la plus courte. Il est à remarquer qu'il y a un 2ième Pont du diable qui a été construit au dessus du premier pour faire passer les voitures :
"L'ancien Pont du diable, de St Christophe en Oisans, avait été construit par le diable auquel, en échange, les habitants avaient promis la première âme qui passerait sur le pont. Mais pour le tromper, ils y avaient fait passer un rat, suivi d'un chat, lequel était poursuivi par un chien. Le diable, furieux avait dû se contenter de ces proies". Juin 1962.

En haut le "nouveau" Pont en travaux ce printemps 2008. Au centre on devine l'arche de l'ancien pont, toujours utilisable mais à pied...
Mai 2008
Je viens raconter au Musée de l'Alpinisme mes histoires fantastiques. Dans ce petit village sont nées des dynasties de guides de haute montagne (les Rodier, les Gaspard, les Turc) et parmi eux deux Christophe Turc (le père et le fils) qui ont expérimenté, dans le cadre du secours en montagne, ce que c'était que de porter quelqu'un, mort ou vivant, à dos d'homme... Il pleut... J'ai quand même l'appareil photo et grâce à une courte éclaircie, je réussi à capturer l'image des deux ponts du Diable, le village, la statue dans l'église sans lumière... En prime je m'offre de raconter "le Réprouvé " in situ, ou presque, le Musée est juste de l'autre côté de la rue.

mardi 3 juin 2008

Hermanubis et St Christopher d'Egypte


Voici des images sur lesquelles j'aimerai en savoir plus. La première serait issue des collections du Vatican;
Dans le site toutankharton j'ai trouvé quelques explications sur ce dieu et ses attributs dans l'iconographie.
Hermanubis, croisement entre Hermes et Anubis avait ses temples jusqu'à Rome... Une fois n'est pas coutume, je cite wikip... :
" Hermanubis est une divinité hybride dont le culte a été encouragé par les Lagides. Il s'agit de la fusion d'Hermès psychopompe et d'Anubis l'embaumeur. Ainsi il accompagne les âmes des morts. Il passe pour le fils d'Osiris et de Nephtys. Ses statues sont dans les temples d'Alexandrie à côté de celles de Sarapis. Elles représentent un homme à tête de chien en armure. Hermanubis sera encore vénéré par les Romains des siècles plus tard."
Quand au St Christophe égyptien j'aimerais savoir où est l'original... Et quel rapport peut-être fait avec Hermanubis.

Pourquoi l'ours hiberne, légende suédoise

"A l'époque où Notre-Seigneur se promenait ici-bas, il lui fallut un jour traverser la rivière Cédron. La rivière étant large et profonde, il ne pouvait pas le faire à pied. Il demanda aux animaux de venir le porter, mais tout le monde refusa. Enfin l'ours vint et lui fit traverser la rivière. En récompense, il eut le droit de dormir pendant tout l'hiver."
Recueilli par O.P Petterson dans le Nord de la Suède et publié dans les contes et Légendes de Suède de Elena Bolzamo.
J'ai cherché où était le Cédron et voici :
Le Cédron ou Kidron est une vallée qui se situe en Israël entre Jérusalem et le Mont des Oliviers, et c'est un lieu souvent évoqué dans la Bible.Depuis des siècles, la vallée du Cédron est un lieu de sépultures. Durant la période hellénistique, au Ier siècle, furent érigés de magnifiques monuments funéraires, encore visibles aujourd'hui. Depuis le Moyen Âge, la tradition religieuse attribue trois de ces tombeaux à des personnages importants de l'histoire : Absalom, fils maudit du roi David ; Jacques, frère de Jésus et premier évêque de Jérusalem, et Zacharie, père de Jean-Baptiste.

lundi 2 juin 2008

Cynocéphales dans l'iconographie orientale

Une publication en ligne de Jean-Loïc LE QUELLEC : CYNOCÉPHALES ET PENTECÔTE que l'on peut consulter en ligne et qu'il résume ainsi :
Depuis le XIIIe siècle, l'iconographie orientale de la Pentecôte fait apparaître des monstres qui se convertissent lors de l'effusion du Saint-Esprit. Une série de représentations arméniennes montre un cynocéphale qui se trouve sous la chambre haute où sont réunis les disciples : il apparaît là dans l'encadrement d'une porte, d'où il harangue un groupe de personnes figurant des peuples païens supposés vivre aux limites de l' orbis terrarum. Ultérieurement, ce cynocéphale a été identifié à Trdat III, roi d'Arménie qui se convertit au IVe siècle. Or le symbolisme chrétien de l'homme-chien canidé-cannibale qui ne sait qu'aboyer mais qui, par sa conversion, gagne une âme et parle soudain «en langue », est également présent dans les légendes de Reprobus-Christophe, de saint Barthélemy (évangélisateur de l'Arménie) et de saint Mercure; il répond aux conceptions qui voient généralement dans les canidés des êtres du passage, des gardiens de la porte, et des intermédiaires entre nature et culture. Particulièrement utiles pour penser l'animalité de l'homme, ce sont aussi d'enragés propagateurs du message divin.

Anubis


C'est donc le dieu à tête de chien (ou de chacal) gardien et protecteur du royaume des morts, embaumeur, psychopompe, peseur d'âmes. Il est aussi représenté sous forme de canidé allongé. La plupart du temps de couleur noire (pour la partie canine): c'était paraît-il la couleur de la renaissance car couleur des limons fertiles du Nil... Le symbole est joli et en plus on y retrouve le fleuve...
Mais pour moi une question demeure :
Lors de la pesée des âmes des morts par Anubis, faut-il que l'âme soit légère ou bien lourde ? Et lourde de quoi ?

samedi 31 mai 2008

Xolotl, le dieu aztèque à tête de chien


Détail du tableau "l'Etreinte amoureuse de l'univers, la terre, moi, Diego et Monsieur Xolotl" de Frida Kahlo, peintre mexicaine. Elle y a peint son chien qu'elle appelait du nom d'une divinité aztèque.
Xolotl était le double, "frère jumeau ", de Quetzacoatl, le serpent à plume, le dieu blanc.
Quetzacoatl a envoyé Xolotl chez les morts chercher des ossements pour repeupler la terre d'humains... Pour finir le travail Quetzacoatl les a arrosés de son sang...
Xolotl avait une tête de chien ou de coyote, il était laid et bossu. Des figurines le représentant portant le soleil sur son dos étaient enterrées avec les morts pour les accompagner au pays des esprits.
Quetzacoatl a fini par tuer Xolotl, s'est transformé en serpent à plume pour guider les hommes vers une terre paradisiaque où il est devenu leur roi bienveillant jusqu'à ce qu'un autre dieu arrive et le chasse...
J'ai lu aussi que chez les aztèques, on sacrifiait parfois des chiens pour accompagner les morts. Il y a même une race de chien qu'on appelle xolo, race de chien sans poils, appelé aussi chien nu ou mexicain... Comme celui de Frida ?
Avec Quetzacoatl-Xolotl on a donc aussi un chien passeur de morts et de vivants...
Je ne vous cache pas que je ne suis pas du tout spécialiste de la mythologie aztèque : toute précision complémentaire sera donc la bienvenue !

Heracles, Cerbère, Charon, Hermes : proximités grecques


Claude Mellan, 16ième siècle.
La onzième ou la douzième tâche que Heracles eut à réaliser était d'aller chercher les pommes d'or des Hespérides, là où disparait le soleil. Heracles partit vers l'occident... Après moult péripéties il atteignit les portes d'or de leur jardin. Le jardin était gardé par un dragon de feu. Juste à côté se trouvait Atlas, le père des Hespérides que Zeus avait condamné à soutenir de la tête et des mains la voûte du ciel (d'autre disent que c'était la terre).
Hercule lui demande de l'aide. Atlas propose, si Hercule le remplace un moment , d'aller lui même chercher les pommes d'or. Hercule accepte et prend la voûte du ciel sur son dos. Atlas ramène les pommes d'or et propose de les ramener lui même. Hercule lui dit "d'accord mais remplace moi juste un instant le temps de me faire un bourrelet avec ma peau de lion pour soulager ma tête et amortir le poids du fardeau". Atlas reprend alors sa charge sans savoir que c'est pour l'éternité...
La dernière épreuve qu'Héraclès eut à accomplir fut de descendre aux enfers chercher le chien Cerbère qui garde la porte des enfers, empêchant les vivants d'y entrer et les morts d'en sortir...

"Quand les Ombres descendent au Tartare, dont l'entrée principale se trouve près d'un petit bois de peupliers noirs près de la mer, chacune d'elle est munie d'une pièce de monnaie que ses parents ont pieusement placée sous la langue du cadavre; Ainsi sont ils en mesure de payer l'avare Charon qui leur fait passer le Styx dans une barque délabrée... Les Ombres sans argent sont vouées à attendre éternellement sur la rive à moins qu'échappant à Hermès leur guide, elles ne parviennent à se faufiler en rampant par une issue de derrière comme à Ténaos en Laconie ou Aornos en Thesprotie.
Un chien à trois tête , ou selon certains à cinquante têtes, nommé Cerbère, garde la rive opposée du Styx prêt à dévorer les vivants qui essaieraient d'entre ou les Ombres qui tenteraient de fuir" (in les mythes grecs de Robert Graves)

vendredi 30 mai 2008

Les cynocéphales cannibales, légende d'Ukraine

"Les vieux racontent que jadis la Mort n'existait pas, les cynocéphales (êtres à tête de chien) borgnes tenaient sa place. Il arrivait que les cynocéphales, après avoir attrapé un homme, le jetaient au trou pour le nourrir de bonbons, de pains d'épice jusqu'à ce qu'il devint lisse comme un porc. Alors ils descendaient dans le trou pour palper ses côtes, pour voir si la graisse était suffisamment épaisse...
... Pour les cynocéphales manger un homme était normal.
Or les hommes se mirent à prier Dieu de leur envoyer plutôt la mort. Dieu leur fit miséricorde et envoya l'affeuse Mort munie de la faux. La Mort s'approcha des cynocéphales et les prit l'un après l'autre, si bien qu'elle les anéantit tous. Les vieux disent que la terre habitée autrefois par les cynocéphales existe toujours, mais qu'il n'en reste que très peu : ils ont disparu."
Récit recueilli en 1876 par Ja. Novickyj auprès de Herasim Xvost à Ol'ginka, district de Mariupol', gouvernement de Ekaterinoslav.
Ce texte, je l'ai trouvé dans "Aux origines du monde, contes et légendes d'Ukraine, textes réunis, annotés et traduits par Galina Kabakova.

lundi 19 mai 2008

Christophore : Encyclopédie des Symboles

Voici quelques extraits de ce que j'ai trouvé dans cette encyclopédie (L'édition française a été établie sous la direction de Michel Cazenave) à l'article :
CHRISTOPHORE ( OU SAINT CHRISTOPHE)
... l'enfant devint si lourd qu'il fit s'affaisser le géant sous l'eau et le baptisa Christophore...
Il est représenté comme un géant tenant à la main un pieu ou un bâton feuillu (symbole de la rémission des péchés par la grâce divine)...
... On peut penser que les images, datant de la fin de l'empire égyptien, du dieu à tête de chien, Anubis accompagné de l'enfant Horus ont servi de modèle à la représentation de St Christophe, ainsi que celle d'Héraclès portant sur ses épaules Eros, enfant.

Email peint : le manteau bleu


Attribué à Monvaerni (pseudonyme), 15ième siècle.
On peut cliquer sur l'image pour voir les détails : châteaux, ermite, lanterne, escalier, arbres morts ou vivants et le magnifique manteau bleu.
Image issue du Fond photographique de la Réunion des Musées Nationaux.

L'aigle, l'arbre, l'ours et St Christophe


C'est un dessin à la plume de Jacopo Bellini (15ième siècle) qui me semble étrange.
Le fleuve ne semble pas trop dangereux. L'ont-ils déjà traversé ? Je suppose qu'il sont encore sur la route qui longe le fleuve... Mais, dans ce cas, le fleuve semble surélevé...
Comme le Réprouvé semble être du côté de sa cabane je pencherais pour l'idée qu'il vient juste de "charger" l'enfant. Ils seraient donc encore du côté de l'aigle avant de se rendre dans le domaine de l'ours...
Les arbres coupés sont ils les bâtons de marche que le Réprouvé se taille (et use) pour traverser ?
S'ils sont déjà dans le fleuve alors le Réprouvé marche carrément sur l'eau...
Avez vous une autre interprétation ? Envoyez la moi !
Image issue du Fond photographique de la Réunion des Musées Nationaux.

La Vierge plaçant Jésus sur les épaules de St Christophe


Troublant, non ?
C'est une sanguine attribuée à Mazzuela Francesco Maria dit Le Parmesan.
Image issue du Fond photographique de la Réunion des Musées Nationaux.

vendredi 9 mai 2008

Les Christophe de Rubens


Rubens, peintre et diplomate, a vécu de 1577 à 1640
Extrait d'un article de Théophile Gautier paru dans la Presse en 1836 :

"Le plus beau tableau de Rubens, peut-être le plus beau tableau du monde, c’est la descente de croix de Notre-Dame d’Anvers.
J’avais passé plusieurs fois devant lui sans le voir, car les deux tableaux de Rubens, la Descente de croix et le Crucifiement, sont fermés par des volets peints en dedans et en dehors par Rubens lui-même, de sorte que chaque tableau est réellement composé de cinq tableaux ; les quatre pans du volet et le cadre du milieu.
Ces volets de la descente de croix représentent saint Christophe et un ermite en prières. Le saint Christophe est une figure colossalement monstrueuse, auprès de laquelle l’Hercule Farnèse et le Milon Crotoniate paraîtraient pulmoniques et misérables ; c’est la plus violente exagération de muscles, la débauche la plus effrenée de contours, où se soit jamais abandonné un peintre d’un génie véhément et robuste. L’ermite, pour la vigueur du clair obscur égale les plus chaudes obscurités de Rembrandt, le reflet de la lanterne qui éclaire cet effet nocturne est supérieurement traité, mais cela n’est rien auprès des magnificences intérieures..."

Dans un livre intitulé "Histoire de la vie et des ouvrages de Pierre Paul Rubens" de André Van Hasselt (1840), il est dit que ce St Christophe a été peint pour régler un litige avec les arquebusiers d'Anvers et que dans un premier temps Rubens leur a proposé trois porteurs du Christ pour le prix d'un : la descente de la Croix, la Vierge enceinte et le prêtre Siméon présentant Jésus au Temple, ce qui ne leur a pas convenu... D'autre part la figure de l'ermite avec une lampe voudrait exprimer le fait que "le passage" s'est fait la nuit.

jeudi 1 mai 2008

Le samouraï et le bébé

Un bébé qui prend du poids, conte populaire du japon recueilli, résumé et traduit par Maurice Coyaud.
En voici mon propre résumé :
C'est un samouraï qui va prendre son tour de garde de minuit à l'aube. Au dernier lacet du chemin, il distingue une femme et son bébé. Normalement à cette heure et en ce lieu, il ne doit pas y avoir de femme. La femme l'appelle par son nom et lui confie le bébé : un nouveau né minuscule de 7 à 8 livres. Il le prend malgré sa perplexité. Soudain le bébé semble avoir grossi. Il n'a pas grossi, "c'est plus lourd qu'il devient". 50, 100, 600 livres... Sur le point de flancher le samouraï murmure une prière boudhique : Namu Amida Butsu. A la 3 ième invocation l'enfant a disparu. La femme réapparait : elle remercie, elle est la déesse patronne du bourg. Une de ses paroissiennes avait un accouchement difficile, "les portes de la naissance étaient closes", par ses invocations il les a "décloses". En remerciement elle lui fait don d'une force exceptionnelle. Rentré au village il apprend que cette nuit là "un enfant était péniblement né".

mercredi 30 avril 2008

La chasse du Roi Hérode traverse l'Ain

Voici un document que m'avait communiqué André Julliard pour la création d'une bande son pour le Musée Escale Haut Rhône .
Le mot "réprouvé" y est même prononcé pour nommer... celui qui est transporté par le passeur ! Il y a une inversion également en ce qui concerne les chiens. Pour l'indexation, j'ai confondu (provisoirement ?) Hérode avec le diable pour ne pas multiplier les libellés.

Sur la rivière d’Ain, hauteur d’Ambérieu-en-Bugey, témoignage de Cafi, pontonnier (1840) : MONNIER Désiré – Traditions populaires comparées. Mythologie. Règnes de l’air et de la terre, Paris, J.-B. Dumoulin, 1854
Il y a bien quatre-vingts ans que Cafi était pontonnier et le plus intéressant narrateur de Condes. Une nuit qu’il était couché, il est réveillé par les cris : « A la barque, à la barque ! ». La nuit était froide ; on était à la veille de la Fête des Rois, c’est-à-dire précisément au cœur de l’hiver. Il en coûtait au Cafi de se lever ; il aurait volontiers envoyé au Diable l’importun voyageur. Un sentiment d’humanité le rappelle bien vite à son devoir ; il s’habille à la hâte, court à la nacelle et traverse la rivière. Là, se trouvait un grand monsieur, couvert d’un grand chapeau, armé d’un grand fusil, suivi d’une grande meute. Le personnage entre dans le bateau, il y est suivi de ses chiens, qui chargent d’un poids énorme le frêle esquif. Ces quadrupèdes l’avaient déjà tout couvert, qu’il en sautait, sautait, sautait encore, sautait toujours, tant et si bien qu’ils passaient trois cents.
En mettant pied à terre, le généreux passager, désirant récompenser dignement le zèle et le bon cœur du pontonnier, lui remplit la main de pièces d’or. Mais quand l’honnête Cafi, de retour à sa maisonnette, voulut compter les louis qu’il avait reçus, il ne trouva plus dans son gousset que des feuilles de buis ! Il se souvint alors que c’était la veille des Rois et vit bien qu’il venait d’avoir affaire à ce réprouvé d’Hérode.

jeudi 24 avril 2008

Xylographie dite Buxheim St Christophe XViéme siècle

Ce qui m'intéresse dans cette image ce sont tous les détails autour : le moulin, le moine avec la lanterne (c'est l'ermite qui montre le chemin ?), etc.
Connaissez vous leur signification ?
Je crois que ces éléments sont aussi sur la fresque de St Sorlin en Bugey, cf archives.

dimanche 20 avril 2008

Erasme, Holbein, Eloge de la Folie

"Je reconnais authentiquement de notre farine ceux qui se plaisent à écouter ou à conter de menson­gères et monstrueuses histoires de miracles. Ils ne se lassent point d’entendre ces fables énormes sur les fan­tômes, lémures et revenants, sur les esprits de l’Enfer et mille prodiges de ce genre. Plus le fait est invraisem­blable, plus ils s’empressent d’y croire et s’en chatouillent agréablement les oreilles. Ces récits, d’ailleurs, ne servent pas seulement à charmer l’ennui des heures ; ils produisent quelque profit, et tout au bénéfice des prêtres et des prédicateurs.

Bien voisins sont les gens qui, par une folle mais douce persuasion, se figurent que la rencontre d’une statue ou d’une peinture de ce Polyphème de saint Chris­tophe les assure de ne point mourir dans la journée, ceux qui adressent à sainte Barbe sculptée les paroles prescrites qui font revenir sain et sauf de la bataille, ceux qui s’adressent à saint Érasme à certains jours, avec certains petits cierges et certaines petites prières, convaincus qu'ils feront fortune promptement." Extrait de Eloge de la Folie d'Erasme (humaniste hollandais), 1511; Dessin de Hans Holbein.

Le fardeau qui s'alourdit

Un des motifs du "Réprouvé" qui m'intéresse est celui du fardeau qui s'alourdit... quitte à donner au moins envie de renoncer (voir "Celui qui a porté la peste" sur ses épaules de Anatole Le Braz), ou d'obliger à le faire sous peine de...

Dans la classification internationale des motifs narratifs (index) ça s'appelle
"Devil becomes heavier and heavier" sous le n° G 303 3 5 3
Je n'ai rien inventé : c'est tout écrit dans le livre "Êtres fantastiques, patrimoine narratif de l'Isère". Dans ce livre qui est le recueil des récits de croyance collectés par Charles Joisten dans le département d e l'Isère de 1950 à 1975, on ne trouve pas moins de 39 variantes autour de cette histoire.
J'en ai choisi quelques unes, dont celles qui sont situés dans des communes de St Christophe : la coïncidence est amusante, n'est ce pas ! Mais il y a une ou plusieurs variantes dans chacun des village que j'ai habité... et qui ne s'appelaient pas St Christophe.

A St Christophe en Oisans, c'est l'agneau qui se fait porter et qui s'alourdit.
"Mon grand père maternel, un nommé T. de St Christophe, revenait un soir du Bourg d'Oisans et, en passant aux Fontaines Bénites, il a trouvé sur la route un agneau qui portait la marque de sa famille. Croyant que l'agneau lui appartenait et qu'il s'était égaré, il l'a pris sur ses épaules. Mais à mesure qu'il approchait de la croix du Blanchet (ou du Comptoir), l'agneau devenait plus lourd. En arrivant à la Croix il l'a posé, et l'agneau a disparu. Chez lui , il ne manquait aucune bête au troupeau. Il a pensé que c'était la Mauvaise Part, le diable." Juin 1962.

A St Christophe sur Guiers :

"Un homme de St Christophe revenait de la foire d'Entre-deux-Guiers. Sur la route, il trouve un agneau et il l'a pris. Mais en arrivant chez lui, il était si lourd qu'il ne pouvait plus le porter. Alors il l'a mis par terre et il a dit :
- Bon Dieu ! C'est le diable !
Le diable lui a répondu :
- Bien sûr que je suis le diable ! ". Avril 1960.

Et puis en voici deux de Séchilienne, le petit chat noir qui se fait porter et s'alourdit :
"Un homme des Thiébauds revenait une nuit du marché de Vizille. Arrivé au lieu dit la Menière après les Rivoirands, il a trouvé un joli petit chat noir. Il l'a ramassé et plus il montait, plus le chat devenait lourd. Arrivé au Clos de la Chèvre, l'animal lui a dit :
- Rapporte moi où tu m'as pris ou tu meurs cette nuit !
Il l'a déposé par terre et il est rentré chez lui; mais dans la nuit, il est mort de frayeur. C'était le foulaton, le diable."Août 1959
" Une femme de la Bathie qui revenait du marché, à Vizille, avait trouvé un joli chat noir, après les Rivoirands, dans le chemin. Elle l'avait pris et à mesure qu'il montait, le chat devenait lourd. Et des pierres grosses comme le bras tombaient autour d'elle. Elle avait dû rapporter le chat où elle l'avait pris; c'était le foulaton". Août 1959

Merci à Alice Joisten qui m'a mise sur la piste !

mercredi 16 avril 2008

Jacques de Voragine et la Légende Dorée

Jacques de Voragine, né entre 1225 et 1230 et mort en 1298 est l'auteur de la Légende dorée (composée avant 1264) qui est une référence obligée quand on s'intéresse aux "saints".
Il était dominicain, professeur de théologie et archevêque de Gênes. Il a exercé d'autres fonctions importantes comme Provincial de Lombardie, ambassadeur...
Sûr que ses objectifs lorsqu'il écrit la Légende dorée ne sont pas les miens lorsque je raconte le Réprouvé.
En effet "Légende "dit l'introduction, écrite par Hervé Savon dans l'édition Flammarion que j'ai répertoriée en bibliographie, "ne signifie pas ici conte ou récit fabuleux mais simplement ce qui doit être lu. L'épithète "dorée" ou plutôt "d'or", n'évoque pas les embellissements fallacieux de l'imagination mais annonce le poids et la valeur du contenu."
D'autre part Hervé Savon déclare "Les évènements passés dont il leur parle, il ne les prends ni pour des arguments, ni pour des preuves, il les traite comme la manifestation extérieure d'une réalité spirituelle" et "Le vrai sujet de la Légende dorée est le conflit dont Dieu et l'Esprit du mal sont les protagonistes et dont l'homme est à la fois le terrain, l'enjeu et l'acteur, subordonné sans doute mais irremplaçable "
Et encore (et c'est pourquoi, à moi, il me semble irremplaçable) :
"Ce sont bien souvent ces récits recueillis par Jacques de Voragine qui nous livrent la signification d'un vitrail, d'un retable ou d'une statue ".
Cette légende dorée c'est aussi une somme de motifs, d'images et de structures, que , mine de rien, les conteurs "laïcs" d'aujourd'hui utilisent toujours. La littérature populaire s'en est abreuvée, juste retour des choses, puisque Jacques de Voragine répète à de nombreuses reprises qu'il rapporte des récits populaires même s'il en fait ensuite la critique.

lundi 14 avril 2008

St Christophe dans la Légende Dorée

Voici le texte intégral, traduit du latin, du texte de Jacques de Voragine concernant la première partie de la vie du Réprouvé, jusqu'à ce qu'il change de nom... Merci aux Bénédictins qui l'ont numérisé... C'est un peu long mais c'est la source essentielle.


"Christophe, avant son baptême, se nommait Réprouvé, mais dans la suite il fut appelé Christophe, comme si on disait : qui porte le Christ, parce qu'il porta le Christ en quatre manières: sur ses épaules, pour le faire passer; dans son corps, par la macération; dans son coeur, par la dévotion et sur les lèvres, parla confession ou prédication.

Christophe était Chananéen; il avait une taille gigantesque, un aspect terrible, et douze coudées de haut: D'après ce qu'on lit eu ses actes, un jour qu'il se trouvait auprès d'un roi desChananéens, il lui vint à l’esprit de. chercher, quel était le plus grand prince du monde, et de demeurer près de lui. Il se présenta chez un roi très puissant qui avait partout la réputation de (284 )n'avoir point d'égal en grandeur. Ce roi en le voyant l’accueillit avec bonté et le fit rester à sa cour. Or, un jour, un jongleur chantait en présence du roi une chanson oit revenait souvent le nom du diable ; le roi, qui était chrétien, chaque fois qu'il entendait prononcer le nom de quelque diable, faisait de suite le signe de croix sur. sa figure. Christophe, qui remarqua cela, était fort étonné de cette action, et de ce que signifiait un pareil acte. Il interrogea le roi à ce sujet et celui-ci ne voulant pas le lui découvrir, Christophe ajouta : « Si vous ne me le dites, je ne resterai pas plus longtemps avec vous. » C'est pourquoi le roi fut contraint de lui dire : « Je me munis de ce signe, quelque diable que j'entende nommer, dans la crainte qu'il ne prenne pouvoir sur moi et ne me nuise. » Christophe lui répondit : « Si vous craignez que le diable ne vous nuise, il est évidemment plus grand et plus puissant que vous ; la preuve en est que vous en avez une terrible frayeur. Je suis donc bien déçu dans mon attente ; je pensais avoir trouvé le, plus grand et le plus puissant seigneur du monde ; mais maintenant je vous fais mes adieux, car je veux chercher le diable lui-même, afin de le prendre pour mon maître et devenir son serviteur. » Il quitta ce roi et se mit en devoir de chercher le diable. Or, comme il marchait au milieu d'un désert, il vit une grande multitude de soldats, dont l’un, à l’aspect féroce et terrible, vint vers lui et lui demanda où il allait. Christophe lui répondit: «Je vais chercher le seigneur diable, afin de le prendre pour maître et seigneur. » Celui-ci lui dit: « Je suis celui que tu cherches. » Christophe tout réjoui s'engagea pour être son (285) serviteur à toujours et le prit pour son seigneur. Or, comme ils marchaient ensemble, ils rencontrèrent une croix élevée sur un chemin public. Aussitôt que le diable eut aperçu cette croix, il fut effrayé, prit la fuite et, quittant le chemin, il conduisit Christophe à travers un terrain à l’écart et raboteux, ensuite il le ramena sur la route. Christophe émerveillé de voir cela lui demanda pourquoi il avait manifesté tant de crainte, lorsqu'il quitta la voie ordinaire, pour faire un détour, et le ramener ensuite dans le chemin: Le diable ne voulant absolument pas lui en donner le motif, Christophe dit : « Si vous ne me l’indiquez, je vous quitte à l’instant. » Le diable fut forcé de lui dire : « Un homme qui s'appelle Christ fut attaché à la croix; dès que j e vois l’image de sa croix, j'entre dans une grande peur, et m’enfuis effrayé. » Christophe lui dit : « Donc ce Christ est plus grand et plus puissant que toi, puisque tu as une si brande frayeur en voyant l’image de sa croix? J'ai donc travaillé en vain, et n'ai pas encore trouvé le plus grand prince- du monde. Adieu maintenant, je veux te quitter et chercher ce Christ. »

Il chercha longtemps quelqu'un qui lui donnât des renseignements sur le Christ; enfin il rencontra un ermite qui lui prêcha J.-C. et qui l’instruisit soigneusement de la foi. L'ermite dit à Christophe : « Ce roi que tu désires servir réclame cette soumission : c'est qu'il te faudra jeûner souvent.» Christophe lui répondit : « Qu'il me demande autre chose, parce qu'il m’est absolument impossible de faire cela. » « Il te faudra encore, reprend l’ermite, lui adresser des prières. » « Je ne sais ce que s'est, répondit Christophe, et je ne (286) puis me soumettre à cette exigence.» L'ermite lui dit: « Connais-tu tel fleuve où bien des passants sont en péril de perdre la vie? » « Oui, dit Christophe. L'ermite reprit: « Comme tu as une haute stature et que tu es fort robuste, si tu restais auprès de ce fleuve, et si tu passais tous ceux qui surviennent, tu ferais quelque chose de très agréable au roi J.-C. que tu désires servir, et j'espère qu'il se manifesterait à toi en ce lieu. » Christophe lui dit ; « Oui, je puis bien remplir cet office, et je promets que je m’en acquitterai pour lui. » Il alla donc au fleuve dont il était question, et s'y construisit un petit logement. Il portait à la main au lieu de bâton une perche avec laquelle il se maintenait dans l’eau ; et il passait. sans relâche tous les voyageurs. Bien des jours s'étaient écoulés, quand, une fois qu'il se reposait dans sa petite maison, il entendit la voix d'un petit enfant qui l’appelait en disant: « Christophe, viens dehors et passe-moi. » Christophe se leva de suite, mais ne trouva personne. Rentré chez soi, il entendit la même voix qui l’appelait. Il courut de,lors de nouveau et ne trouva personne. Une troisième fois il fut appelé comme auparavant, sortit et trouva sur la rive du fleuve un enfant qui le pria instamment de le passer. Christophe leva donc l’enfant sur ses épaules, prit son bâton et entra dans le fleuve pour le traverser. Et voici que l’eau du fleuve se gonflait peu à peu, l’enfant lui pesait comme une masse de plomb ; il avançait, et l’eau gonflait toujours, l’enfant écrasait de plus en plus les épaules de Christophe d'un poids intolérable, de sorte que celui-ci se trouvait dans de grandes angoisses et, craignait de périr. (287) Il échappa à grand peine. Quand il eut franchi la rivière, il déposa l’enfant sur la rive et lui dit : Enfant, tu m’as exposé à un grand danger, et tu m’as tant pesé que si j'avais eu le monde entier sur moi, je ne sais si j'aurais eu plus lourda porter. » L'enfant lui répondit : « Ne t'en étonne pas, Christophe, tu n'as pas eu seulement tout le monde sur toi, mais tu as porté sur les épaules celui qui a créé le monde : car je suis le Christ ton roi, , auquel tu as en cela rendu service; et pour te prouver que je dis la vérité, quand tu seras repassé, enfonce ton bâton en terre vis-à-vis ta petite maison, et le matin tu verras qu'il a. fleuri et porté des fruits, » A l’instant il disparut. En arrivant, Christophe ficha. donc son bâton en terre, et quand il se leva le matin, il trouva que sa perche avait poussé des feuilles, et des dattes comme un palmier."

Pour la suite de la légende se référer au texte en livre ou en ligne...
La Légende dorée , nouvellement traduite en français, avec introduction, notes et notices sur les sources de L'ABBÉ J.-B. M. ROZE, Chanoine Honoraire de la cathédrale d'Amiens
ÉDOUARD ROUVEYRE, PARIS MDCCCCII
© Numérisation Abbaye Saint Benoît de Port-Valais en la fête de la chaire de Saint Pierre 22 février 2004

dimanche 13 avril 2008

Structure narrative, de plus en plus fort

La première partie de la Légende de St Christophe raconte la quête du Réprouvé : il veut se mettre au service du plus fort du monde. Ainsi il passe du roi au roi le plus puissant, puis au diable et enfin au Christ.
Il y a une cumulation ascendante des éléments rencontrés : une échelle.
Cette structure "verticale" rappelle fortement celle qui est définie dans le catalogue AArne et Thomson sous le numéro AT 2031 Stronger and Strongest.
Mais le AT 2031B (Abraham learns to worship God. At nightfall Abraham worships a star, then the moon, then the sun, and finally gives up idolatry) convient encore mieux !
Cette structure est souvent utilisée dans l'enseignement des religions monothéistes :
- "Un cabri que mon père avait acheté pour deux zouz " (rituel de la religion juive)
- "Les 10 ou 11 choses les plus fortes du monde" (récit populaire des Flandres)
- "La sourate 6" du Coran, (les bestiaux/le bétail) versets 74-79 dont voici le texte
74 (rappelle le moment) où Abraham dit à 'Azar, son père : "prends- tu des idoles comme divinités? Je te vois toi et ton peuple dans un égarement évident!"
75 Ainsi avons- Nous montré à Abraham le royaume des cieux et de la terre afin qu'il fut de ceux qui croient avec conviction.
76 Quand la nuit l'enveloppa, il observa une étoile , et dit : " voilà mon Seigneur!" Puis lorsqu'elle disparut, il dit "Je n'aime pas les choses qui disparaissent".
77 Lorsqu'ensuite il observa la lune se levant, il dit "voilà mon Seigneur!" puis lorsqu'elle disparut, il dit :"si mon Seigneur ne me guide pas, je serai certes du nombre des gens égarés".
78 Lorsqu'ensuite il observa le soleil levant, il dit : " voilà mon Seigneur! Celui ci est plus grand" puis lorsque le soleil disparut, il dit : "O mon peuple, je désavoue tout ce que vous associez à Allah.
79 Je tourne mon visage exclusivement vers Celui qui a créé (à partir du néant) les cieux et la terre; et je ne suis point de ceux qui lui donnent des associés."

Dans les religions polythéistes et dans les récits populaires sans connotation religieuse, c'est, à partir du même point de départ, "la recherche du plus fort", un voyage généralement circulaire qui s'effectue. Exemple : à force de vouloir le plus puissant du monde comme époux pour sa fille souris, le père passe du soleil au nuage, du nuage au vent, du vent à la tour et de la tour au souriceau qui la ronge . Ou encore, le fils de mineur qui veut être le plus fort du monde redevient finalement mineur après avoir été soleil, nuage et montagne.

Dans le jargon des "conteurs contemporains", nous appelons ce genre de récits des randonnées... La promenade continue !

Celui qui porta la peste sur les épaules

Dans " La Légende de la Mort chez les Bretons Armoricains" de Anatole Le Braz, 1922

"Un vieux de Plestin, la rencontra un soir sur les bords du Douron. Elle était assise sur la berge, regardant l'eau couler. Elle venait de Lanmeur qu'elle avait dépeuplé et se rendait dans le pays de Lannion.
- Hé vieux! cria-t-elle, auriez vous l'obligeance de me prendre sur vos épaules pour me faire passer l'eau ? Je vous en récompenserais bien.
Le vieux qui ne la connaissais pas y consentit.
L'ayant chargée sur ses épaules, il entra dans la rivière. Mais, à mesure qu'il avançait, il la sentait peser sur lui d'un poids plus lourd.
A la fin, épuisé, le courant étant très fort, il dit :
- Ma foi, bonne dame, je vais vous planter là. Je ne tiens pas à me noyer pour vous.
- De grâce, ne fais pas cela. Ramène moi plutôt à l'endroit où tu m'as prise.
- Soit.
Et il rebroussa chemin, sans trop de peine, son fardeau s'allégeant à mesure qu'il se rapprochait du rivage.
Le pays de Lannion fut ainsi préservé de la peste.
Mais si le vieux avait laissé tomber la vilaine groach (fée) au beau milieu de la rivière, comme il en avait d'abord eu l'intention, le monde eût été débarassé d'elle à jamais."
Raconté par le père de Anatole Le Braz.

Quand Gargantua porte le Christ

Récit collecté par Charles Joisten en 1951 à St Véran, Hautes Alpes. Voir Bibliographie.

" Ce Gargantua était si fort qu'il se tenait près d'une grande rivière et qu'il transportait les gens d'une rive à l'autre. Un jour il arrive un enfant au bord de la rivière, qui lui demande s'il pouvait le faire passer. Il répond : "Bien sûr, je te passe". Quand il l'eut sur les épaules, il le sentit tellement lourd qu'il s'arracha un arbre pour en faire un bâton (une canne). Ayant passé la rivière, il pose l'enfant et lui dit : 'Tu es bien petit, mais bien pesant - Oui je pèse, dit l'enfant parce que je porte le monde entier !" C'était le Bon Dieu."

En relisant ce récit, je suis un peu déçue que la rivière ne soit pas nommée : j'avais vu la Durance. J'imagine que si, à St Véran, Gargantua a résisté à St Christophe c'est parce qu'on est en pays catholique et protestant.

Saint Christophe, le passeur de l'eau

Court extrait d'une page personnelle internet de G.Bertin, Angers, 1999.

Cette page dont le contenu est très intéressant est aujourd'hui inaccessible. Je ne connais pas l'auteur mais j'aimerais retrouver un lien actif...

La légende.
Martyr en Lycie, en 250, saint Christophe est fêté le 25 Juillet où il voisine St Jacques également fêté à cette date (St Christophe est aussi de nos jours fêté le 24 ou parfois le 21). Fouetté sous l'empereur Déce par des verges de fer, il fut préservé de la violence du feu par la puissance de Jésus Christ. et fut enfin décapité. Il est aussi fêté en Grèce le 9 mai.
Christophe, originaire de Syrie était un géant (sa taille atteignait les 9 mètres), son nom primitif était Offerus ou Offro, Adokimus ou encore Reprobus qui passait pour avoir la capacité de faire le tour de la terre en 24 enjambées.
Il voulut connaître le prince le plus puissant de la terre pour se mettre à son service. Le premier était terrorisé par Satan, aussi Reprobus se mit au service de ce dernier jusqu'à ce qu'il comprenne que le diable lui-même avait peur de la vue d'une croix. Il quitta donc son service. Après une période d'errance, il rencontra un ermite du nom de Babylas qui le convertit et lui proposa un emploi de passeur sur une torrent impétueux. Il semble dans l'imagerie populaire rester un peu sot, à tel point que l'ermite doit lui éclairer la "bonne route" avec une lanterne. Belle imagerie de la christianisation du géant primitif, de la sauvagerie par la lumière de la foi.
Alors qu'il accomplissait sa tâche, un enfant arrive qui sollicite le passage, il le charge sur ses épaules et commence à le transporter de l'autre côté du courant. Plus il avance, plus l'enfant s'alourdit, Christophe ploie sous la charge "je croyais porter le monde entier" dit-il à l'enfant parvenu de l'autre côté, "tu le portais, répond l'enfant, je suis le Christ".
Plusieurs dictons populaires le célèbrent:

"Pluie violente à la saint Christophe, mène à la catastrophe".

"Si vous avez vu saint Christophe, ne craignez nulle catastrophe".

"Qui voit saint Christophe en passant, ne mourra pas de mort subite, je dis son image bénite tant sur le diable il est puissant".

St Christophe de la Tour du Meix (39)

Les photos de ce message sont les cartes postales en vente sur place en juillet 2006.




samedi 12 avril 2008

St Antoine l'Abbaye (38), 2005

Cet hiver 2005, il fait un froid glacial dans l'église de St Antoine l'Abbaye (38) et la fresque n'est pas assez éclairée pour que je la photographie.
En juin, avec Bernadette, la lumière est bonne. Il fait bon dans l'église et la photo est douce.

Encens, Marseille 2004

A Marseille, le 6 mai 2004, je ne trouve pas trace de St Christophe à Notre Dame de la Garde... Les travaux de réfection de la Basilique sont terminés et quand on sort sur le parvis, on est au ciel...
Mais, sur la Cannebière, dans un magasin asiatique, ils vendent de l'encens pour les saints et il y a
San Cristobal, dont ils donnent la fête le 10 juillet.
Je suis née un 10 juillet.
C'est de l'encens parfumé à l'iris. Made in Barcelone avec le sigle Accion Sanitaria y Desarollo Social ? ?

Albertville (73), cité de Conflant

Le 20 décembre 2001, dans la Maison Rouge de la Cité de Conflans je propose mon spectacle "Histoires Fantastiques des Alpes. Ma loge de conteuse est dans la salle du Musée où sont exposés les statues des Saints dont un beau Saint Christophe qui a perdu son bâton... Je suis émue et honorée de côtoyer des êtres aussi chargés.
Il y a aussi un St Jean Népomucène, évêque qui fut noyé par son Roi car il avait refusé de lui dire ce que la reine lui avait confessé : c'est une belle statue en bois avec un habit en dentelle de bois.

Hans Memling, Triptyque Moreel, 1484, Musée Groeninge, Bruges

Je suis allée à Bruges, il y a très longtemps et je n'avais pas vu ce tableau dont j'ai trouvé la reproduction sur internet à l'adresse ci dessous.
Pour une explication sur ce triptyque où le Réprouvé n'a rien d'un géant mais où il est quand même le personnage central (il est entouré des deux saints bénédictins St Maur, avec le livre, et St Gilles, avec la biche, de toute la famille Moreel accompagnée des saints protecteurs des parents), cliquez sur la page de la visite des Musées de Bruges avec l'association Convivialité en Flandre, dans un site très pédagogique


Et voici un autre St Christophe, d'une dimension plus modeste (17cm) et conservé aux Etats Unis :

vendredi 11 avril 2008

Villard St Christophe (38), le 21 février 2004






Chapelle St Christophe de Pâquier (38)

C'est sur la commune de St Martin de la Cluze (38), au dessus du Drac.

Printemps 2003



Mai 2006

Pour le printemps des Musées, je suis invitée par le Musée Gilioli de Saint Martin de la Cluze à raconter "les gués fantastiques", récital de contes et légendes où il y a, bien sûr, ma version du Réprouvé.
Le lieu choisi, c'est la chapelle St Christophe...
La chapelle est ouverte comme toujours l'été. Le sol est en pente douce. Elle est presque vide. Il n'y a pas de statue de St Christophe, ni trace de sa présence à part le Drac, tout en bas. Le Drac qu'on m'a dit avoir été traversé au début du siècle au moyen d'un câble...
L'acoustique est un peu résonnante, alors, comme il fait beau, je choisi de raconter dehors, sur l'esplanade de ce que j'imagine avoir été le jardin du curé.
Albert, habitant de St Martin de la Cluse, que je connais un peu depuis qu'il m'a raconté des souvenirs d'enfance pour "Un hiver en Trièves", nous montre les ruines de la cure, l'emplacement du puits et la trace d'un carcan, (trou dans la roche) pour attacher les bêtes. Il dit que l'église a été un temps consacrée à St Jacques (comme Echirolles) mais qu'ils sont revenus à St Christophe.
Les gens du village aiment ce lieu. Ils viennent juste pour le plaisir d'y être.
Les pivoines dans le cimetière sont magnifiques. Après le spectacle où je raconte aussi Cafi le pontonnier de l'Ain et le batelier du Léman (l'origine du noyer), je n'arrive plus à partir...

St Sorlin en Bugey (01), le 19 décembre 2003

Le Réprouvé, adaptation personnelle

Voici donc mon adaptation de la Légende de Saint Christophe, ou du moins du début de cette légende, telle que je la raconte, à l'occasion en public...

Il venait d’un pays de chien, quand il parlait, il aboyait.

Il était si fort que pour se faire un bâton de marche il arrachait un arbre. On l’appelait le Réprouvé mais, il était si fort, que tout le monde le voulait à son service.

Lui, il avait décidé qu’il ne rentrerait au service que du plus puissant du monde. Il est parti à sa recherche.

Il a marché et il a trouvé une ville dont le roi était le plus puissant des rois. Il est entré à son service et il l’a servi de toute sa force, de tout son cœur et de tout son courage. Un troubadour est venu à la cour. Il a chanté et à certains mots qu’il chantait le réprouvé a vu que le roi le plus puissant des rois faisait de drôle de signes en se reculant d’un air effrayé. Le Réprouvé a interrogé le roi : tu as eu peur, non a répondu le roi. Pourquoi as tu fais ses signes ? Ah, ceux là, mais c’est pour conjurer le diable… Tu n’es pas le plus puissant et moi je veux servir le plus puissant !

Le réprouvé est parti à la recherche du diable : il était juste derrière la porte ; il est entré à son service et l’a servi de tout son cœur et de tout son courage. Un jour qu’il le suivait sur une large route bien commode le Réprouvé a vu le diable faire un bon de côté dans les épines, et effectuer un grand détour pour revenir sur la route un peu plus loin. Tu as eu peur ? Moi, non. Pourquoi ce détour ? Ah, ça c’est à cause de la croix. Là où est la croix, il y a le Christ et je ne peux y être. Tu as eu peur, tu n’es pas le plus fort.

Le Réprouvé est parti, il a cherché le Christ. Il n’était pas derrière la porte, il a marché cherché et il a trouvé un vieil ermite qui en savait un peu plus long. L’ermite lui a dit que pour trouver, il fallait prier. J’ai servi le roi le plus puissant des rois, le diable mais je ne sais pas prier. Alors il faut jeûner. Ça je ne peux pas a dit le réprouvé. Alors, a dit l’ermite, puisque tu es fort, installe-toi près de ce fleuve et aide à faire passer les voyageurs.

Il a construit sa cabane et il a mis toute sa force son cœur et son courage pour faire passer le gué à ceux qui se présentaient.

Une nuit il a entendu une voix qui l’appelait, il est sorti n’a vu personne. La voix l’a rappelé. Il est sorti, rien. Une 3ième fois il l’a entendue et là il a vu d’où ça venait. Juste devant lui un tout petit enfant.

L’enfant a dit aide-moi à passer le fleuve. Le réprouvé s’est baissé, l’a pris sur son épaule, a saisi son bâton et s’est avancé vers le fleuve. Quand il est entré dans l’eau, tout d’un coup il a senti le poids de l’enfant, il était étonné, un si petit être. Il a continué d’avancer, l’enfant devenait lourd. L’eau montait, il s’est cramponné à son bâton, l’enfant était de plus en plus lourd, le Réprouvé vacillait sous le poids et le courant, il a cru que jamais il n’atteindrait la rive. Il est sorti de l’eau avec sur les épaules ce poids énorme. Il a déposé le petit enfant sur le sol et a dit à l’enfant : tu pèses. L’enfant a répondu : c’est sûr, je suis le Christ et c’est moi qui porte le monde. Si tu ne me crois pas, une fois rentré chez toi plante ton bâton et tu verras.

Le réprouvé a retraversé le fleuve, planté son bâton de marche. Le lendemain le bâton portait des fleurs et des fruits. C’est ce jour là que le Réprouvé a changé de nom : il est devenu Christophe, celui qui porte le Christ …

La suite de son histoire, il ne faut pas compter sur moi pour vous la raconter… Car la suite ne m'intéresse pas du moins telle que je l'ai lue dans la Légende dorée de Jacques de Voragine.